Pourquoi les enseignants sont si fatigués

de | 3 septembre 2017
Pourquoi les enseignants sont si fatigués

Pourquoi les enseignants sont si fatigués

Image crédit : shutterstock

Pourquoi les enseignants sont si fatigués

Êtes-vous fatigué après avoir enseigné?

Plus précisément, à quand remonte la dernière fois où vous n’avez pas été fatigué après avoir enseigné?

Si vous êtes comme la plupart des enseignants, la fatigue en fin de journée est un mode de vie. Nous y devenons tellement habitués qu’il est difficile d’imaginer comment cela pourrait être autrement.

Les gens ont du mal à comprendre pourquoi les enseignants sont si épuisés. Après tout, ce n’est pas comme si nous étions dans le bâtiment, que nous travaillions en permanence dans l’urgence, ou dans une entreprise ultra concurrentielle avec un patron déraisonnable constamment derrière notre dos. Nous travaillons avec des enfants!

Nous travaillons sept heures par jour! Nous avons la possibilité d’établir nos propres horaires. Nous avons des vacances d’été! Certains enseignants ont ce genre de pensées et se demandent ce qui  ne va pas avec eux. Alors, d’où vient cette fatigue?

Il y a trois raisons à cela.

La fatigue de prendre des décisions et la volonté 

Le psychologue Roy Baumeister a forgé le terme « épuisement de l’ego » après avoir découvert que les humains avaient un approvisionnement limité en volonté. Il compare la volonté à un muscle, qui peut se renforcer, mais aussi s’user lorsqu’on l’utilise. L’épuisement de l’ego a un effet général, ce qui signifie que l’utilisation de la maîtrise de soi dans un domaine de votre vie affaiblit votre capacité à vous autoréguler dans d’autres domaines de votre vie. Baumeister a constaté que renforcer la maîtrise de soi entraîne une baisse significative des taux de sucre dans le sang. Un faible taux de sucre dans le sang entraîne une fatigue physique, c’est pourquoi vous êtes si fatigué.

En tant que professeur, pensez à la fréquence à laquelle vous utilisez votre force de volonté. Nous nous censurons du matin au soir. Nous retenons les remarques sarcastiques, nous nous éloignons d’un étudiant paresseux lorsque ce que nous voulons en réalité, c’est lui donner des directives.

Nous gardons nos réflexions à propos de la dernière idée ‘innovante’ du directeur pour nous, nous répondons professionnellement aux courriers irrespectueux d’un parent, nous travaillons avec un élève même lorsque nous voudrions faire autre chose, nous prévoyons le lendemain lorsque nous préférerions être sur les réseaux sociaux, et nous nous nous retenons même quand nous voudrions juste péter les plombs. Les enseignants utilisent constamment le pouvoir de la volonté.

Mais voici la véritable entourloupe: prendre des décisions demande une force de volonté. Les chercheurs appellent cela « la fatigue des décisions ». Plus vous prenez des décisions au cours de la journée, plus vous disposez du pouvoir de la volonté. Il y a plusieurs recherches qui montrent que les criminels feraient mieux d’aller devant la Commission des libérations conditionnelles au début de la journée plutôt qu’à la fin de la journée. Réciproquement, il y a des recherches qui suggèrent que l’examen de l’élève qui  est corrigé en premier obtiendra une meilleure note que celui qui est corrigé en dernier. Après une journée de prise de décisions, nous n’avons plus l’énergie nécessaire pour en prendre des bonnes.

On estime que les enseignants prennent environ 1 500 décisions par journée scolaire. Lorsque vous combinez ces décisions avec toutes les mesures nécessaires pour l’autorégulation nécessaire pour l’enseignement des enfants, il n’est pas étonnant que notre volonté soit à bout de souffle à cinq heures de l’après-midi. Nous sommes épuisés.

Les émotions à forte intensité

L’intensité des émotions est la deuxième raison pour laquelle les enseignants sont si fatigués. Des émotions intenses comme la colère, la frustration, l’excitation et l’exaltation sont physiologiquement éprouvantes.

Les émotions positives éveillent la même réponse physiologique que les émotions négatives: notre fréquence cardiaque augmente, nos glandes sudoripares s’activent et nous sursautons facilement. Puisque celles-ci activent la réaction de stress dans notre corps, qu’elles soient positives ou négatives, cela se révèle être usant.

Les enseignants sont invités à être enthousiastes dans leurs cours. De nombreux enseignants pensent que pour être efficaces, ils doivent être énergiques. Ils doivent en faire la démonstration! Cela pourrait peut-être être vrai, mais sachez juste que votre enthousiasme, combiné à vos moments de colère, de frustration et même d’exaltation, vous fatigueront.

L’inquiétude

Il n’est pas surprenant que l’inquiétude soit liée à la fatigue. Lorsque nous nous inquiétons, nous imaginons et anticipons les événements négatifs. Notre niveau de stress augmente et notre corps active sa réaction « de lutte ou de fuite ». Notre cœur bat plus rapidement, nous transpirons, et notre système immunitaire prépare des moyens d’intervention. En conséquence, cela entraîne « la fatigue ».

Les enseignants s’inquiètent pour toutes sortes de raisons:

• Le manque d’apprentissage des élèves 

• Les problèmes de comportement

• Le bavardage incessant

• Une journée stressante

• Un parent en colère

• Un constat imprévu du directeur

• La panne de la photocopieuse

• Un collègue en colère 

• Un mauvais choix qui a de lourdes conséquences

C’est pourquoi nous sommes tout le temps si fatigués: nous prenons beaucoup de décisions, nous faisons l’expérience de plusieurs cycles d’émotions à haute intensité, et nous finissons par trop nous inquiéter.

Alors, que faites-vous pour vous sentir moins fatigué en fin de journée? N’hésitez pas de faire part de vos idées dans les commentaires!

Source : /teacherhabits.com

 Après Pourquoi les enseignants sont si fatigués, voir aussi:

11 réflexions au sujet de « Pourquoi les enseignants sont si fatigués »

  1. Nicole Martel

    Une personne m’a dit que j’étais un catalyseur. Je sais que je provoque inconsciemment une fissure dans l’image parfaite d’une personne que je connais depuis longtemps et soudainement, cette personne agit avec un comportement très sombre de son ombre. J’aimerais pouvoir lire un article sur le sujet d’une personne ayant ce don d’être un catalyseur.

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  2. Geneviève

    J’enseigne depuis 20 ans et malgré la fatigue de fin de journée, faire de l’activité physique de façon quotidienne aide énormément! L’important est de bouger à tous les jours même si c’est seulement prendre une petite marche… Prendre 15 -20 minutes pour aller s’oxygéner dehors sur l’heure du dîner est aussi très bénéfique.

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  3. Freuchet

    Merci pour cet article qui traduit exactement ce que je ressens. Apres 11 années d expérience cette rentree est un désastre, plus d envie de bruit, de mouvement ( professeur EPS), de contrainte de la hiérarchie, de prendre des décisions, d accompagner Chaque eleve sur son chemin alors que le mien perd tout sens Avec la fatigue .
    Merci beaucoup pour votre éclairage. La méditation, le sport, La musique ne suffisent pas … ou plus… mon corps révèle les stigmates des nuits d insomnie dû au stress qui augmenté chaque semaine un peu plus… La bulle des vacances n a pas suffit NOn plus… je crois qu’un tournant de ma vie s opére. Étant enfant je n aimais pas l école Et j y suis encore… mais je cOmprends que pour préserver ma Santé il va me falloir être « courageuse »pour cette fois ci « MOI MEME « en m éloignant du contexte scolaire Qui Par ses réformes et charges administratives nous épuise…
    Bon courage à ceux qui sont encore passionnés et plein de ressources;)

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  4. Benyoussef Sakina

    J’ai enseigné 35 ans dans un lycée.J’étais toujours très fatiguée pour toutes les raisons citées dans cet article.Retraitée depuis quatre ans, je commence à peine à me sentir un peu mieux. L’enseignement est un métier qui use : on s’en relève difficilement.

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  5. Ilyes

    Article très interessant,,,,,Bravo
    Tout à fait d’accord,,, depuis que je suis devenu un enseignant,,,les journées sont devenus pour moi, un long tourment,,parfois en fin de journée,, je me sens d’avoir de lourdes charges à importer sur le dos, stress, fatigue, colère, frustration, perte du temps, la routine, etc.
    On est obligé de resté sans état d’âme, c’est -à- dire: cacher notre sens d’humeur, sourier ou même de se reposer,,,et d’adopter tjr un aspect factice,,qui ne reflète pas nos vrais désires,,,sinon les élèves vous cause de tas de problèmes en appercevant juste un de vos points de faiblesse.
    Ce n’est que le début de ma carrière,,,,peut être c’est ca le vrai problème; manque d’expérience,,,sinon en rapport avec ma personnalité qui déteste la routine,,en favorisant les changement et la création.
    Et svp j’en ai vraiment besoins de vos conseils,,, Enseignant de français ilyesmeghlaoui@gmail.com

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  6. Isa

    Faire de la pleine conscience 5 minutes par ci par la. Et même avec une classe. Marcher apres les cours. Faire quelque chose que l’on aime, moi c’est le jardinage ou céramique. Prendre le temps de respirer et oser dire stop.

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  7. Michèle H.

    Après avoir travaillé à temps plein pendant 40 ans dans l’enseignement primaire; avoir fait des plaines de vacances, des garderies du matin, du midi, du soir en début de carrière; être partie de nombreuses fois en classes vertes avec mes élèves ( tout en laissant mes propres enfants à garder); avoir participé à de nombreuses réunions de travail ( concertations ), réunions de parents, conférences, formations diverses, fêtes d’école le soir ou le week-end (sans toucher un euro de plus et même en dépenser…car il faut payer son repas, ses boissons, participer à la tombola…..), je suis pensionnée depuis un an et heureuse de l’être ! J’ai toujours aimé mon métier et les enfants mais là….j’ai senti qu’il était temps de partir. Je laisse la place aux jeunes et leur souhaite beaucoup de patience pour les réformes et autres à venir….L’enseignement est un beau métier mais c’est un sacerdoce…il use les nerfs, les tympans, la voix…!

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  8. Desnier

    Votre article a quelque chose de rassurant. Constater que l’on n’est pas seul et que cette fatigue n’est pas imaginaire , mieux encore elle a des causes bien réelles, scientifiquement démontrées. Parfois j’aimerais passer la serpillère, parce que quand on a fini on a vraiment fini. Quand on enseigne, on n’a jamais fini. Et c’est épuisant. Je suis à trois ou quatre ans de la retraite et j’ai hâte. Mes jeunes collègues n’envisagent pas de faire toute leur carrière dans l’enseignement. L’une d’elles se lance dans l’agriculture et l’autre passe un CAP de pâtissière…… Beaucoup démissionnent. Chose inimaginable il y a quelques années encore. Et, autre chose inimaginable, la grande difficulté à recruter. Enseigner fait de moins en moins rêver….et les vacances ne suffisent plus à faire passer le reste.

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  9. Mj

    J’enseigne depuis dix ans et ayant été souvent épuisée, j’ai découvert la méditation pleine conscience, c’est parfait pour notre travail et ça permet de calmer le cerveau qui s’étourdit facilement !!!

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  10. JO

    LA PLEINE CONSCIENCE EST LE MOT A LA MODE DERNIEREMENT… LA SOLUTION A TOUS LES MAUX… PU CAPABLE D’EN ENTENDRE PARLER… DÉSOLÉE ISA.

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  11. Liliane sleiman

    J’ai enseigné de 19 à 64 ans….toujours avec la même passion et le même enthousiasme en France et surtout à l’étranger dans l’enseignement élémentaire. Oui c’est un sacerdoce, un engagement total au point parfois qu’on oublie sa vie quotidienne. Je suis peut être de bonne constitution car j’ai rarement senti cet épuisement dont vous parlez. Je faisais du sport et de la musique après la classe et donnais longtemps des cours privés le soir. Ce qui cependant me fatiguait vraiment c’était les charges administratives, les réunions vides pour justifier notre emploi du temps et les parents qui parfois se montraient complètement hermétiques. De nos jours, mes filles rentrent épuisées de leurs écoles surtout à cause du comportement impoli, insolent voire agressif de jeunes enfants qui ne reçoivent plus l’éducation parentale qu’ils devraient avoir. Il y a un vrai problème de démission des parents et de mise à la poubelle d’un minimum de morale. Ceci est inquiétant, donc épuisant, oui.

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