La première question que ce professeur pose à ses enfants de maternelle chaque matin est touchante

de | 17 octobre 2015
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 IMAGE enfants de maternelle : COURTESY OF THINKSTOCK

La première question que ce professeur pose à ses enfants de maternelle chaque matin est touchante

Il y a une dizaine d’années, je me suis rendu devant une salle de classe, j’ai tenté de faire valoir dans mon discours mes expériences à l’époque où j’étais jeune reporter. À l’époque, je rédigeais des articles pour le journal local et l’école m’avait invité ainsi qu’un photographe à apporter une ouverture d’esprit aux étudiants afin qu’ils comprennent quelles sont les diverses possibilités de carrière qui s’offrent à eux.

Les adolescents étaient tous assis poliment, en extase … sauf un. C’était un garçon de petite taille, maigrichon, qui portait un sweat-shirt surdimensionné. J’ai vite remarqué qu’il avait du mal à tenir en place, et pire encore, je l’ai entendu murmurer des plaintes occasionnelles sur mon discours. Et enfin, il semblait se rendre au fait qu’il était condamné à passer au moins quelques minutes à m’écouter parler, mais au lieu d’ouvrir grand ses oreilles pour écouter, il a laissé reposer sa tête en avant sur le pupitre.

Son institutrice s’est approchée de lui et je me suis attendu à ce qu’une certaine forme de discipline en résulte. Mais au lieu de cela, elle s’est mise à côté de lui, l’a pris doucement dans ses bras et lui a parlé avec une voix douce. Je n’ai pas su exactement comment définir la situation, mais il était clair qu’elle n’était pas en train de le gronder – elle lui montrait juste un peu d’attention. Vous comprendrez l’agacement que j’ai ressenti à ce moment-là, pour le moins surprenant. Un enfant a agi grossièrement lors de ma présentation sans qu’il n’y ait de conséquences à cela?

Ce n’est que plus tard que j’ai compris que le comportement de l’élève n’avait probablement pas de rapport avec moi. L’école accueillait principalement des étudiants pauvres, dont plus de la moitié d’entre eux avaient des repas gratuits ou à prix réduit. Il y a de grandes chances pour que ce gamin soit en situation précaire en dehors des heures d’école régulières. Peut-être qu’il était de mauvaise humeur parce qu’il avait sauté un repas ou deux. Peut-être qu’il était fatigué parce qu’il n’avait pas  d’endroit confortable pour dormir. Peut-être qu’il n’avait pas du tout de maison. Quels que soient ses problèmes, son professeur avait jugé bon de lui offrir de la compassion plutôt qu’une punition.

Récemment, j’ai pensé à eux deux en lisant un article publié dans le Washington Post, déclarant que plus de la moitié des étudiants américains à l’école publique vivent dans la pauvreté. En France, 20% des étudiants vivent sous ce seuil. Ces statistiques sont véritablement choquantes, mais ce qui me bouleversait tellement dans ce thème était une anecdote sur une enseignante de maternelle nommée Sonya Romero-Smith, qui accorde aussi de l’attention à ses jeunes élèves, partiellement en remplissant un tiroir de sous-vêtements, de chaussettes et de pantalons propres pour les enfants.

« Lorsqu’ils arrivent le matin en classe, la première chose que je fais c’est de répondre à leurs besoins immédiats: Avez-vous mangé? Êtes-vous propres? » dit-elle.

Mon fils aîné est presque à l’âge préscolaire et il n’est jamais à court de nourriture ou de vêtements propres. Personne ne devrait être privé de cela, surtout pas les enfants si jeunes, et si vulnérables. Cela me brise le coeur d’imaginer les circonstances auxquelles les étudiants de Sonya font face avant de franchir la porte de classe.

Je voulais en savoir plus sur le quotidien à l’intérieur et à l’extérieur de la salle de classe de Sonya, alors je lui ai envoyé un email avec des questions générales et spécifiques. Pour commencer, je lui ai demandé pourquoi les enfants étaient sales lorsqu’ils venaient à l’école. (Sa réponse: Il peut être difficile d’avoir accès aux sanitaires et aux établissements de nettoyage dans les refuges pour sans-abris surpeuplés). Je lui ai demandé pourquoi les étudiants arrivaient affamés alors que le gouvernement est censé leur offrir plusieurs ressources dont les bons alimentaires, qui sont généralement disponibles. (Sa réponse: l’attribution des bons alimentaires est excessivement minime, et comme d’autres l’ont souligné, les aliments les moins chers sont souvent les plus traités et les moins nutritifs).

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Enfants de maternelle

 

Si autant d’interrogations peuvent sembler naïves, cela est en grande partie dû au fait que je vis dans une bulle confortable de la classe moyenne aisée.

Dans ma communauté, les plaintes les plus courantes en milieu scolaire que j’entends sont sur les examens ou l’éducation physique. En dehors des efforts dispersés pour les oeuvres de charité, il peut être facile pour un parent dans mon quartier d’oublier que beaucoup d’écoliers ont des préoccupations bien plus urgentes que de savoir si le terrain de football local est en bon état.

La journée la plus difficile de Sonya, dit-elle, ce fut lorsqu’un jour de classe les autorités sont venus retirer un enfant gravement malnutri de sa classe après avoir  découvert que l’un de ses parents avait fait une overdose de médicaments.

« J’ai supplié la police pour qu’ils m’emmènent pas un enfant à peine âgé de 5 ans, cela a été une expérience dévastatrice pour moi. Je me souviens avoir donné à cet enfant la seule chose qui était assez proche de moi, un jouet en peluche qui se trouvait dans la salle de classe », dit-elle. « J’ai dit à cet enfant que j’allais m’assurer que tout se passe bien pour lui et que tout ce que je voulais de lui c’était qu’il aime et prenne soin de ce jouet en peluche. »

C’était l’ultime tentative désespérée à la toute dernière minute de Sonya pour consoler le garçon traumatisé … et, étonnamment, cela a semblé bien fonctionner.

« Plusieurs semaines plus tard, son parent nourricier le ramena à notre école avec sa peluche et nous dit qu’il ne s’était jamais séparé du jouet un seul instant » me dit-elle. « Ce fut tellement émouvant. »

Il est absolument renversant de constater les inquiétudes douloureuses qui pèsent sur l’esprit des enseignants comme Sonya et d’autres. Non seulement ces enseignants doivent se concentrer à donner aux élèves une éducation de qualité, mais ils doivent également franchir obstacle après obstacle pour garantir à ces enfants un endroit convenable au service de l’apprentissage.

« Notre travail, en tant qu’enseignants, est d’assurer le bien-être physique, émotionnel, social et universitaire » me dit-elle.

Sonya a un emploi du temps chargé. En plus des exigences de son travail d’enseignante, elle est aussi mère adoptive de deux petites filles – des élèves de son école ayant récemment été sans-abri. Mais elle a pris le temps de répondre à mes questions, car elle a dit qu’elle voulait donner « une voix à ceux qui n’en ont pas » – et aider d’autres enfants pauvres qui sont parmi les plus vulnérables et démunis, et briser le cycle de la pauvreté.

« Leurs histoires doivent être partagées pour provoquer une action au changement, mais aussi pour montrer les réalités qui peuvent être difficiles à comprendre », dit-elle

Entre-temps, dans le cadre de ses efforts en faveur du bien-être de ses élèves, Sonya  reste optimiste et les encouragent quotidiennement.

« Je veux poursuivre parce que je sais qu’ils sont importants », dit-elle. « Chacun d’entre eux est plein de grandeur. »

Je ne saurai sans doute jamais ce qui est arrivé à l’enfant agité qui ronflait pratiquement lors de mon discours il y a une dizaine d’années. Mais je suis heureux que son professeur à la voix douce ait fait preuve de compassion. Peut-être qu’elle a aussi vu le grand potentiel qui était en lui. J’espère, que malgré les obstacles, il atteindra au moins son objectif.

Source de l’article La première question que ce professeur pose à ses enfants de maternelle chaque matin est touchante: www.babble.com
Traduction :

Sandra Véringa

4 réflexions au sujet de « La première question que ce professeur pose à ses enfants de maternelle chaque matin est touchante »

  1. jeanpatrick

    quand commencerons-nous à nous intéresser vraiment aux enfants? A nos enfants? Aux autres enfants? Quand ouvrerons-nous les yeux sur comment on parle aux enfants? Sur comment on les traite? Sur comment on les écoute? Je voudrais vous donner le nom d’un psychanalyste, Wilhem Reich qui par sa richesse intérieure a voulu nous donner des solutions diverses pour transformer notre humanité. Il est mort dans les prisons américaines en 1957 car il dérangeait beaucoup l’ordre des médecins.

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