Indonésie : l’éco-apocalypse dont personne ne parle!

de | 9 novembre 2015

Indonésie

Indonésie : l’éco-apocalypse dont personne ne parle!

Ce pays est ravagé par des incendies hors de contrôle qui étouffent les populations

L’Indonésie est en proie à d’impressionnants incendies incontrôlables qui perdurent pendant des mois. Les forêts tropicales exceptionnelles sont ravagées et les populations étouffent littéralement. En cause : une agriculture irraisonnée poussée notamment par la production d’huile de palme.

Chaque année pendant la saison sèche, de gigantesques incendies ravagent les îles de Bornéo et de Sumatra (Indonésie). Ces incendies sont provoqués de façon volontaire pour permettre la conversion rapide des forêts en plantations d’huile de palme. En 2015, ils ont démarré dès le mois de mai dans les zones de tourbières, dégageant des fumées épaisses et toxiques sur des régions entières.

Mais les incendies en Indonésie ne sont pas comme la plupart des autres feux de forêts : ils sont extrêmement difficiles à éteindre. Ils peuvent durer des mois et seule la saison des pluies en vient à bout, car les pompiers n’arrivent pas à les maîtriser.

incendies forets Indonesie 092015Incendies en Indonésie le 24 septembre 2015. Les lignes rouges symbolisent des températures de surface anormalement chaudes associées aux feux de forêt. Image du satellite Terra (instrument MODIS) de la NASA
 © Adam Voiland (NASA Earth Observatory), Jeff Schmaltz (LANCE MODIS Rapid Response)

 

Malheureusement, ils ne sont pas anodins et génèrent une importante pollution, plus conséquente encore que les feux « classiques ». En cause : les gisements de tourbe mélangés à la matière végétale partiellement décomposée qui se forment dans les zones humides qui bordent les côtes des îles de Bornéo et de Sumatra.

Ces feux de tourbe sont allumés par les agriculteurs indonésiens qui pratiquent l' »agriculture sur brûlis, » une technique de déforestation qui consiste à dégager de l’espace pour les cultures ou le pâturage au détriment de la forêt tropicale qui est littéralement incendiée. Or, en Indonésie, l’agriculture sur brûlis est principalement mise en place pour les nouvelles plantations de palmiers à huile (pour la controversée huile de palme dont nous sommes si friands) et de la pâte d’acacia. Des pratiques illégales contre lesquelles les autorités, officiellement, peinent à lutter.

Pire, les sols riches en tourbe alimentent continuellement les feux : « La plupart du temps, la combustion démarre au ralenti, lorsque les tourbières sont déjà défrichées et s’échappe de terre à cause d’une source inépuisable de combustible » explique David Gaveau du Center for International Forestry Research.

Ces impressionnants feux de forêt sont visibles depuis l’espace comme en témoigne la photo ci-dessus prise du satellite Terra de la NASA.
Selon les estimations officielles et des associations de défense de l’environnement, entre 40 000 et 200 000 hectares de forêts ont été réduits en cendres en quelques mois.

Les premières conséquences de ces incendies sont pour la faune et la flore : la biodiversité exceptionnelle de ces îles part en fumée… Mais aussi pour les populations.

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La combustion des terres par les sociétés et les petits propriétaires de terres est devenue un problème social et politique grave, mais les dégâts les plus importants peuvent être infligés à la faune et à d’autres trésors inestimables.

Les habitants étouffent sous la pollution de l’air

Les conséquences sanitaire sont sérieuses : l’épaisse fumée grise qui stagne sur les îles indonésiennes déclenche des alertes au public concernant la mauvaise qualité de l’air, y compris chez les pays voisins. L’odeur est prégnante[1] et la visibilité réduite. Depuis 1997, des stations de mesure suivent de près les conditions atmosphériques : au sud-est de Sumastra, la visibilité est inférieure à 1 km ; pire à Kalimantan (partie indonésienne de l’île de Bornéo), la visibilité est tombée à moins de.. 50 mètres ! Indique Robert Field, un scientifique de l’Université Columbia (Goddard Institute for Space Studies de la NASA).

Depuis plusieurs semaines certaines régions d’Indonésie et de Malaisie vivent en état d’urgence. Par exemple, la pollution a atteint des niveaux 300 fois supérieurs à ce qui est considéré comme dangereux pour l’Homme. Pire, mardi 29 septembre, le maire de Penkanbaru, ville de pratiquement un million d’habitants située sur l’île de Sumatra, a demandé l’évacuation, avec leurs mères de tous les enfants de moins de 6 mois… Un véritable scénario de film catastrophe.

Dans d’autres endroits de la ville, les populations vulnérables sont invitées à se mettre à l’abri dans des bâtiments équipés d’air conditionné. « Les familles pauvres n’ont pas les moyens de s’offrir des équipements appropriés aux circonstances et se retrouvent avec des niveaux de pollution identiques dans leurs maisons à ceux de l’extérieur, explique le maire de Penkanbaru. Nous faisons tout notre possible pour que les bébés, le futur de ce pays, puisse respirer un air propre. »

Depuis le début du mois de juillet 2015, 35 000 personnes des régions concernées sont tombées malades à cause des niveaux de pollution excessivement élevés.

Cette situation attise la colère des habitants comme en témoigne Chanee, fondateur de l’association Kalaweit et installé depuis 17 ans à Palangkaraya, dans la province centrale de Kalimantan (Bornéo). Dans une vidéo devenue virale il interpelle directement le président indonésien sur son laxisme face à la situation :
« – Je ne suis pas en colère simplement parce que mon fils a une infection respiratoire comme des centaines d’autres enfants.
– Je ne suis pas en colère simplement parce que des milliers de personnes ont du mal à respirer, pleurent et prient de pouvoir revoir un jour le soleil.
– Je ne suis pas en colère simplement parce que la forêt de Kalimantan est en train d’être détruite.
Monsieur le Président, je suis en colère parce que toutes ces souffrances existent à cause de l’industrie de l’huile de palme. Les décisions des gouvernements précédents et du gouvernement actuel, sont à l’origine de ce problème, tous les ans, et aujourd’hui le tout est aggravé par El Nino.
Rien que dans la ville de Palangkaraya, au début du mois de juin, j’avais identifié du ciel des dizaines d’incendies, pour l’expansion des cultures de palmiers… dans des zones de tourbières.
À cette époque, au moment où la fumée n’était pas encore dans les actualités, tous les incendies pouvaient être encore éteints.
Mais ce n’est pas arrivé. L’hélicoptère bombardier est arrivé 2 mois plus tard. Les équipes au sol, aussi fortes soient-elles, ne peuvent pas faire grand-chose lorsque les incendies sont trop grands, dans des zones de tourbière.

Les propriétaires des terrains incendiés ne seront pas sanctionnés. Ce n’est pas moi qui vais vous apprendre, monsieur le président, que la corruption, le népotisme, les intimidations, sont fréquentes pour soutenir l’expansion des plantations de palmiers.
Lorsque que vous avez, Monsieur le Président, pris la décision de faire de nouveaux canaux dans la province centrale de Kalimantan, vous n’avez fait que aggraver la situation. Ces canaux vont drainer la forêt, la sécher, et faciliter les prochains incendies… »

En outre, Ardi Simpala, consultant sur l’huile de noix de coco, nous explique que dans Jakarta, la capitale de l’Indonésie, « la pollution de l’air est difficilement supportable principalement à cause des industries et du trafic automobile et le gouvernement fait bien trop peu pour améliorer la situation« …

Une situation dégradée par El Niño

Les scientifiques chargés de la surveillance des incendies craignent que le problème n’empire avant de s’améliorer. En effet, en présence d’un fort épisode El Niño, comme actuellement, la saison sèche devrait s’allonger et réduire notablement la quantité de précipitations. L’histoire montre que le fort épisode El Niño de 1997, s’est accompagné d’un déficit pluviométrique qui a permis aux incendies de se propager sur de vastes superficies, entraînant des niveaux records de pollution atmosphérique et l’émission de grande quantités de gaz à effet de serre.

Les chercheurs préviennent : l’année 2015 risque bien d’être la plus grave au niveau des incendies en Indonésie : « il ya des feux de plus en plus importants cette année (…) Et nous ne sommes qu’à mi-chemin de la saison des incendies. » précise Guido van der Werf de l’Université d’Amsterdam.

Des incendies qui émettent des quantités considérables de gaz à effet de serre

Avec ses collègues de la NASA et de l’Université de Californie, Van der Werf, chargé d’évaluer la taille et la quantité d’incendies, a développé une technique pour estimer la concentration en gaz et particules en suspension émis par les feux, à partir d’observations par satellite des incendies et de la couverture forestière. Le projet, connu sous le nom de la base de données des émissions mondiales incendie (GFED), fournit des estimations régionales et mondiales des émissions liées aux incendies de 1997 à nos jours.

Selon la GFED, au 22 septembre 2015, les incendies en Indonésie depuis le début de l’année ont émis l’équivalent de 600 millions de tonnes de CO2, c’est l’équivalent des émissions annuelles de carbone de l’Allemagne…

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Les Orangs-outans dans la brume enveloppant le camp de la Fondation Bornéo le 5 Octobre(Photo: Antara Foto/Reuters)

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Voici un court extrait de la vue aérienne d’un drone montrant certaines des zones brûlées de la forêt ces deux derniers mois. Les zones brûlées autour des villages s’étendent sur des kilomètres et à certains endroits la perte est stupéfiante voire totale. La vidéo est une gracieuseté de GreenPeace International.


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Une image postée sur Twitter mardi montre Palangkaraya à 14h47 heure locale.

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Une image postée sur Twitter mardi de la capitale Kalimantan Central

Enfin, voici des images de Bornéo pour soutenir les efforts d’OUTROP (Orangutan Tropical Peatland Project) qui œuvre pour arrêter les incendies et protéger les gens et la faune. S’il vous plaît, soutenez leurs efforts ici

Pour agir, il vous suffit de signer la pétition suivante de GreenPeace : Stop the fires: sign to save Indonesia’s forests and protect our health!

Notes

  1. C’est particulièrement remarquable lorsque l’on atterrit en Indonésie, même à Jakarta, la capitale située sur l’île de Java. L’odeur de bois brûlé est omniprésente.

Source

Smoke Blankets Indonesia – NASA et www.notre-planete.info

Sandra Véringa

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