Dans la peau d’une obèse

de | 23 février 2016
Dans la peau d’une obèse

Dans la peau d’une obèse

Dans la peau d’une obèse

J’avais 12 ans, mais j’avais l’air d’en avoir 17 physiquement. J’étais grande, MAIS ronde. Vous allez comprendre bien assez vite pourquoi j’y ajoute un « mais ».
À 12 ans, on a envie de se baigner et de rire avec ses copains sans se soucier de demain. À 12 ans, on a envie d’être belle sans devoir rien y faire, parce que la jeunesse c’est fait pour ça, être mignon sans trop d’effort puis pour être insouciant et s’amuser.

Moi à 12 ans, je n’avais pas beaucoup de plaisir parce que les vêtements pour enfants ne me faisaient jamais et que je devais m’habiller dans la section pour femmes. Ça vous donne une idée du look « tendance » que j’avais. Je m’habillais avec du linge trois fois trop grand et trop vieux pour moi ce qui me donnait l’air d’une « petite matante ». J’avais des joues pour deux et des cuisses potelées. J’étais l’enfant dodue, celle qui craint les cours d’éducation physique et qui se cache dans les toilettes en espérant qu’on l’oublie. J’étais l’enfant qui trouait ses pantalons entre les cuisses et pas seulement sur les genoux.

J’étais comme j’étais, dans un monde où on n’aime pas qu’il y ait des gens comme moi.

Je me souviens les cours d’éducation physique où je n’arrivais jamais à atteindre les  et les défis lancés. Je me souviens la balance médicale sur laquelle il nous fallait monter. Nous, les rondes, nous attendions notre tour dans une angoisse cruelle d’être encore une fois reconnue hors norme, exclue de la société, exclue du stéréotype que l’on souhaitait voir sur nos corps.

Les pieds tremblants, je montais sur la balance, honteuse, avec tous ces garçons trop confiants assis sur le long banc de bois derrière moi. Ces mêmes garçons qui avaient tant ri de moi, ils étaient là à rire de tout et de rien et à discuter nonchalamment pendant que je vivais un des pires moments de ma vie. Je les détestais tant de faire de ma vie un enfer encore plus noir, mais eux, ils ne savaient pas qu’ils lacéraient une âme avec leurs mots tranchants. Ils étaient jeunes et cons. Demain, ils allaient rire encore, ils allaient me trouver laide, ils allaient se dire qu’ils méritaient mieux que moi. Ils me choisiraient encore la dernière pour jouer au ballon-chasseur ou au drapeau et tant qu’à moi, j’aurais préféré ne pas être choisie du tout. J’aurais préféré ne pas devoir subir ces humiliations constantes.

J’aurais voulu être une adulte tout de suite, car il me semblait que j’aurais enfin pu être libre et avoir une qualité de vie acceptable.

Maman était grosse et heureuse et elle vivait avec papa. C’était donc possible, d’avoir une vie avec un surplus de poids; une vie normale sans être pointée du doigt quotidiennement.

À 12 ans, lorsque j’allais à la foire avec ma sœur, je ne pouvais pas attacher les ceintures de certains manèges parce que mes cuisses étaient trop grosses, alors, l’opérateur devait faire un miracle pour que je puisse participer. J’avais peur de mourir. J’avais peur d’être trop pesante à moi seule pour le manège et qu’il crash par ma faute. Je me sentais déjà dysfonctionnelle, car tout conspirait à me le faire croire.

  • Les ceintures de sauvetages ne me faisaient pas.
  • Le métal des balançoires s’enfoncait douloureusement dans mes cuisses
  • Même les poneys refusaient d’avancer au zoo
Dans la peau d’une obèse

Dans la peau d’une obèse

Tout ce qui devait s’adresser à moi ne me convenait pas. Je me sentais pitoyable et seule dans ma catégorie.

C’était lourd à porter non seulement physiquement, mais mentalement.

On me disait indirectement « Tu es différente », mais on ne me donnait aucun outil pour être comme tout le monde.

J’étais laissée à moi-même dans un monde parallèle où inquiétudes et honte étaient bien trop présentes. J’avais des tracas d’adulte, mais des peurs d’enfants. Déraisonnablement, je m’étais résolue à ne jamais me marier parce que j’étais persuadée que je ne pourrais jamais trouver une bague et une robe qui pourraient être faites sur mesure pour moi tellement j’étais « hors norme ». Pourtant, je n’étais pas un cas d’obésité extrême, mais je me voyais immense; c’était du moins le feedback que la société me donnait de moi-même.

Malgré tout, j’avais du courage et de la confiance en moi qui sommeillait quelque part, à l’abri de la méchanceté. J’en avais suffisamment pour répondre aux commentaires blessants et me faire justicière des plus faibles. J’en avais suffisamment pour croire que j’avais un avenir prometteur et que je méritais moi aussi d’être aimée.

À 13 ans, à la surprise de plusieurs, j’ai eu mon premier amoureux. On m’avait tellement brisée, je peinais presque à croire que quelqu’un puisse voir en moi un reflet intéressant. Cette relation m’a permis de devenir une femme et d’accepter mes rondeurs et ma féminité. Durant ces 3 années passées ensemble, j’ai appris que je pouvais m’habiller autrement, dans un souci de laisser transparaître ma féminité et ma volupté sans chercher à la cacher. J’ai appris à m’aimer et à laisser quelqu’un d’autre en faire autant.

Le jour où mon amoureux m’a regardée pour la première fois, j’ai appris que j’étais belle. Depuis ce jour, je n’en ai jamais douté un seul instant, parce que j’ai compris que nos standards de beauté dépendent de notre ouverture d’esprit. J’ai compris que je ne plairais jamais à tout le monde et que de toute façon, il n’y avait pas de raison valable de plaire à tout le monde quand tout ce que nous souhaitons vraiment dans la vie c’est de plaire à la personne qui nous plait.

Maintenant, mon poids n’est plus une embûche à ma vie et mes relations, et je m’en considère très choyée. Toutefois, ce genre de réalité ne s’oublie pas et marque à jamais une vie.

Je veux donc dédier cet article à tous ceux qui ont vécu ou vivent encore de la honte et/ou de l’intimidation face à leur corps…

  • Je veux leur offrir mon empathie et ma tolérance.
  • Je veux leur dire que je peux marcher moins vite à leur côté pour qu’ils reprennent leur souffle.
  • Je veux leur dire qu’on peut écourter nos promenades si leurs genoux n’en peuvent plus.
  • Je veux leur dire que je peux vérifier si la chaise est solide au restaurant.
  • Je veux leur dire que je comprends s’ils n’ont pas envie de sortir de la cabine d’essayage si elle n’a pas de miroir à l’intérieur.
  • Je veux leur dire qu’ils pourront déborder sur mon siège dans l’avion.
  • Je veux leur dire de ne pas écouter ces mots méchants ou blessants que certains auront bêtement lancés en leur direction.
  • Je veux leur dire de ne pas se sous-estimer, mais d’être fiers de qui ils sont.

Je voudrais leur dire tant de choses, mais surtout ceci :

Soyez-vous-mêmes, car c’est à la société à s’adapter à vous et non à vous à vous adapter à la société. Nous sommes tous et chacun la société, et nous la composons avec nos particularités et nos limites!

Soyons tolérants. Soyons ouverts à la différence, à la diversité et ce sous toutes ces formes. Soyons solidaires et gentils, car dans chaque corps vit un cœur et une âme.
Je vous souhaite la liberté de corps et d’esprit. Un petit pas à la fois.

Nous le méritons tous.

Auteure,  Dans la peau d’une obèse : Mademoiselle Mymy pour ESM

Mademoiselle-Mymy

 

Mademoiselle Mymy est une jeune écrivaine lue internationalement via sa communauté Facebook. Spécialiste des mots du cœur, Mymy est une grande humaniste, qui cherche à rassembler, à inspirer et à apaiser avec ses récits métaphoriques et ses réflexions de vie lucides! Sa plume étant empreinte d’une grande empathie, on se laisser bercer par ses mots qui guérissent, qui nourrissent, bref, qui font du bien à l’âme! Son premier livre tant attendu verra le jour en 2016.

Sa page Facebook: www.facebook.com/mllemymy1

Son site:  www.mademoisellemymy.com

Source des images :natachanatacha.wordpress.com

4 réflexions au sujet de « Dans la peau d’une obèse »

  1. Léa Margaux

    Votre article m’interpelle … et pourtant je ne peux éviter d’avoir ce genre de pensée corrosive en me disant « wouais facile à dire … elle n’a même pas de double menton » puis à mon autre méchant coté de dire … vu son visage … un peu difficile d’y croire … mais c’est une bonne écrivaine …
    J’ai aussi souffert de mon surplus de poids pendant ma scolarité, pourtant je n’étais pas si grosse que ça … mais simplement je n’avais pas la ligne des autres filles … cela m’a fait me replier sur moi-même … j’avais donc en prime le statut de nunuche de la classe…
    J’ai grandit comme cela puis les années ont passé et mon look et ma corpulence intéressait peut-etre certains gars, mais jamais ceux qui je convoitais … pas les ados simples qui ont une troupe autour d’eux …

    Je me suis ensuite mariée avec le gars qui voulait bien de moi … je me rappelle aussi que je n’ai pas porté de robe de mariée .. celle qui me plaisait me donnait des airs de grosse meringue … ou sortie tout droit d’un carnaval … je me suis donc mariée en pantalon !
    Ce qui est resté longtemps un souvenir douloureux … je n’aurai jamais une belle robe de mariée.

    Ensuite je me suis battue pour que l’on voit qui j’étais à l’intérieur toujours en me disant que les gens étaient cons de se focaliser sur le physique … que tant d’autres choses comptaient. – un leurre pour pouvoir survivre dans cette jungle.
    J’avais de la chance … mon mari m’appréciait telle que j’étais … ce n’est pas la suite que j’ai compris que mon image ne comptait pas pour lui … il ne voyait pas cette que j’étais extérieurement … – et ça ça fait mal aussi !!!!

    J’ai entrepris plein de régimes mais chaque fois c’était si pesant, si frustrant. Si je calcule tous les régimes ensemble, j’ai au moins perdu 250 kg sur ma vie …
    Le régime le plus conséquent je l’ai entrepris lorsque je suis devenue maman, j’étais enfin fière de la femme que j’étais devenue, à coup de balance, de calories j’ai perdu 40kg … il m’aura fallu 5 ans … 5 ans sans le moindre écart … mais la perte de poids était douce (même si frustrante au quotidien) ce qui fait que le regard s’adapte, autant le sien que celui des autres …
    Puis finalement lasse de tant de restrictions, j’ai repris petit à petit.
    Quelques années plus tard, une grande souffrance émotionnelle sentimentale … moi la femme obèse, un autre homme s’intéressait à moi … malgré mon poids … ce fut un déclic … je voulais lui plaire et en même temps en grande souffrance par rapport à la situation que je vivais … et j’ai perdu 40kg en 5 mois …. sans aucun effort, que celui de pleurer toutes les larmes de mon corps.
    En 5 mois … 5 mois sans restrictions… 5 mois et j’avais une nouvelle garde robe, une assurance d’enfer … j’étais devenue une autre femme … j’étais enfin celle qui hurlait à l’intérieur.

    Je pouvais enfin être sexy, sans ressembler à une saucisse enrubannée, je pouvais porter des hauts talons sans avoir les pieds en compote ou risquer de creuser le sol et d’arriver au pétrole, j’avais ma taille de guepe et mes hanches bien dessinée … mon dieu que j »étais belle, que j’étais puissante !
    Je ne devais pas réfléchir pendant des heures lorsque je voulais sortir et être belle … tout m’allait !!!!
    J’avais gagné un nouveau corps au lotto !!!
    Lorsqu’on me demandait … alors ça a fait quoi d’avoir perdu tous ces kilos ? ça fait quoi d’être moins lourde ? Ma réponse était … c’est le regard des autres qui est moins lourd …
    Qu’est-ce que je ai profité de cette période ! Le regard des autres qui glissent sur toi … où tu y lis envie, jalousie plutôt que d’être cette petite bonne femme insignifiante …
    Et pourtant, je me rappelle qu’il y a aussi des moments où j’en ai pleuré … après qq plusieurs mois, je me rappelle d’avoir pleuré pour qu’on puisse me voir comme autre chose qu’une « belle plante » ou la fille à convoiter… qu’on puisse me voir QUI J’ETAIS MOI VRAIMENT …
    Le temps à fait son chemin, je n’ai pas fait attention à mes calories et à présent j’ai repris tous mes kilos.
    OUI je suis triste, oui ça ne me plait pas, et je ne me sens pas au top … je suis à de nouveau redevenue cette petite bonne femme insignifiante au premier regard … c’est moche tout ça …
    Ce poids pèse sur mon corps et sur ma vie… difficile de faire confiance aux hommes qui me déclarent m’aimer, je me dis que c’est en partie parce que je ne suis pas un « danger » … et qu’ils ne risquent pas de me voir partir … qui d’autre me convoiterait … mon poids étant une assurance pour rester à leurs côtés …

    Difficile aussi lorsque l’envie de plaire se réduit à ne pas être trop moche ni transparente …
    Parce quoi qu’en pensent les gens … NON on ne sait pas s’habiller à la mode, NON on ne peut pas porter ce que l’on veut…
    Heureusement … que j’ai eu une période dans ma vie où j’ai pu porter ce que je voulais … parfois j’en rêve encore !

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    1. Léa Margaux

      Désolée pour toutes les fautes d’orthographe … j’aurai du relire avant de publier … mais j’avais peur de perdre mon texte !

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      1. Ronde

        Les fautes d’ortographes on s’en fiche (même si on peut s’en passer 😉
        C’est ton histoire qui est belle à lire, tout comme celle de Mademoiselle Mymy d’ailleurs !

        Merci pour vos partages, j’aurais aimée tomber sur un blog comme ça durant mon adolescence.

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  2. Léa Margaux

    Si je suis plus mince et qu’ils viennent vers moi, je me dis “est-ce que je les aurai attirés lorsque j’étais plus massive ? Voient-ils seulement l’intérieur ?
    Si je suis plus massive et qu’ils viennent vers moi, je me dis “c’est parce que je suis plus forte … une assurance pour que d’autres ne me convoitent pas, pour que je sois reconnaissante qu’ils m’aient choisis eux … et s’en foutent de ce que je suis aussi à l’intérieur …

    Alors finalement hein ???? ce qui me plait le plus quand même c’est d’avoir la PAIX et de pouvoir manger avec délectation mes tartines de craquelin beurrées … sans avoir la réflexion : c’est pas top pour toi …

    Donc là je ne sais plus ???
    Si c’est la malbouffe au prix de l’isolement ou l’isolement avec la malbouffe pour compenser ???

    Quand à ma psy, elle a une autre théorie : mon poids serait … vois moi, je suis là … ou encore être bien ancrée dans le sol pour ne plus que je m’envole …

    Mais une chose est sure à présent ce que je veux c’est qu’on me foute la paix !

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