Dans la peau d’une obèse

Dans la peau d’une obèse

Dans la peau d’une obèse

J’avais 12 ans, mais j’avais l’air d’en avoir 17 physiquement. J’étais grande, MAIS ronde. Vous allez comprendre bien assez vite pourquoi j’y ajoute un « mais ».
À 12 ans, on a envie de se baigner et de rire avec ses copains sans se soucier de demain. À 12 ans, on a envie d’être belle sans devoir rien y faire, parce que la jeunesse c’est fait pour ça, être mignon sans trop d’effort puis pour être insouciant et s’amuser.

Moi à 12 ans, je n’avais pas beaucoup de plaisir parce que les vêtements pour enfants ne me faisaient jamais et que je devais m’habiller dans la section pour femmes. Ça vous donne une idée du look « tendance » que j’avais. Je m’habillais avec du linge trois fois trop grand et trop vieux pour moi ce qui me donnait l’air d’une « petite matante ». J’avais des joues pour deux et des cuisses potelées. J’étais l’enfant dodue, celle qui craint les cours d’éducation physique et qui se cache dans les toilettes en espérant qu’on l’oublie. J’étais l’enfant qui trouait ses pantalons entre les cuisses et pas seulement sur les genoux.

J’étais comme j’étais, dans un monde où on n’aime pas qu’il y ait des gens comme moi.

Je me souviens les cours d’éducation physique où je n’arrivais jamais à atteindre les  et les défis lancés. Je me souviens la balance médicale sur laquelle il nous fallait monter. Nous, les rondes, nous attendions notre tour dans une angoisse cruelle d’être encore une fois reconnue hors norme, exclue de la société, exclue du stéréotype que l’on souhaitait voir sur nos corps.

Les pieds tremblants, je montais sur la balance, honteuse, avec tous ces garçons trop confiants assis sur le long banc de bois derrière moi. Ces mêmes garçons qui avaient tant ri de moi, ils étaient là à rire de tout et de rien et à discuter nonchalamment pendant que je vivais un des pires moments de ma vie. Je les détestais tant de faire de ma vie un enfer encore plus noir, mais eux, ils ne savaient pas qu’ils lacéraient une âme avec leurs mots tranchants. Ils étaient jeunes et cons. Demain, ils allaient rire encore, ils allaient me trouver laide, ils allaient se dire qu’ils méritaient mieux que moi. Ils me choisiraient encore la dernière pour jouer au ballon-chasseur ou au drapeau et tant qu’à moi, j’aurais préféré ne pas être choisie du tout. J’aurais préféré ne pas devoir subir ces humiliations constantes.

J’aurais voulu être une adulte tout de suite, car il me semblait que j’aurais enfin pu être libre et avoir une qualité de vie acceptable.

Maman était grosse et heureuse et elle vivait avec papa. C’était donc possible, d’avoir une vie avec un surplus de poids; une vie normale sans être pointée du doigt quotidiennement.

À 12 ans, lorsque j’allais à la foire avec ma sœur, je ne pouvais pas attacher les ceintures de certains manèges parce que mes cuisses étaient trop grosses, alors, l’opérateur devait faire un miracle pour que je puisse participer. J’avais peur de mourir. J’avais peur d’être trop pesante à moi seule pour le manège et qu’il crash par ma faute. Je me sentais déjà dysfonctionnelle, car tout conspirait à me le faire croire.

  • Les ceintures de sauvetages ne me faisaient pas.
  • Le métal des balançoires s’enfoncait douloureusement dans mes cuisses
  • Même les poneys refusaient d’avancer au zoo
Dans la peau d’une obèse

Dans la peau d’une obèse

Tout ce qui devait s’adresser à moi ne me convenait pas. Je me sentais pitoyable et seule dans ma catégorie.

C’était lourd à porter non seulement physiquement, mais mentalement.

On me disait indirectement « Tu es différente », mais on ne me donnait aucun outil pour être comme tout le monde.

J’étais laissée à moi-même dans un monde parallèle où inquiétudes et honte étaient bien trop présentes. J’avais des tracas d’adulte, mais des peurs d’enfants. Déraisonnablement, je m’étais résolue à ne jamais me marier parce que j’étais persuadée que je ne pourrais jamais trouver une bague et une robe qui pourraient être faites sur mesure pour moi tellement j’étais « hors norme ». Pourtant, je n’étais pas un cas d’obésité extrême, mais je me voyais immense; c’était du moins le feedback que la société me donnait de moi-même.

Malgré tout, j’avais du courage et de la confiance en moi qui sommeillait quelque part, à l’abri de la méchanceté. J’en avais suffisamment pour répondre aux commentaires blessants et me faire justicière des plus faibles. J’en avais suffisamment pour croire que j’avais un avenir prometteur et que je méritais moi aussi d’être aimée.

À 13 ans, à la surprise de plusieurs, j’ai eu mon premier amoureux. On m’avait tellement brisée, je peinais presque à croire que quelqu’un puisse voir en moi un reflet intéressant. Cette relation m’a permis de devenir une femme et d’accepter mes rondeurs et ma féminité. Durant ces 3 années passées ensemble, j’ai appris que je pouvais m’habiller autrement, dans un souci de laisser transparaître ma féminité et ma volupté sans chercher à la cacher. J’ai appris à m’aimer et à laisser quelqu’un d’autre en faire autant.

Le jour où mon amoureux m’a regardée pour la première fois, j’ai appris que j’étais belle. Depuis ce jour, je n’en ai jamais douté un seul instant, parce que j’ai compris que nos standards de beauté dépendent de notre ouverture d’esprit. J’ai compris que je ne plairais jamais à tout le monde et que de toute façon, il n’y avait pas de raison valable de plaire à tout le monde quand tout ce que nous souhaitons vraiment dans la vie c’est de plaire à la personne qui nous plait.

Maintenant, mon poids n’est plus une embûche à ma vie et mes relations, et je m’en considère très choyée. Toutefois, ce genre de réalité ne s’oublie pas et marque à jamais une vie.

Je veux donc dédier cet article à tous ceux qui ont vécu ou vivent encore de la honte et/ou de l’intimidation face à leur corps…

  • Je veux leur offrir mon empathie et ma tolérance.
  • Je veux leur dire que je peux marcher moins vite à leur côté pour qu’ils reprennent leur souffle.
  • Je veux leur dire qu’on peut écourter nos promenades si leurs genoux n’en peuvent plus.
  • Je veux leur dire que je peux vérifier si la chaise est solide au restaurant.
  • Je veux leur dire que je comprends s’ils n’ont pas envie de sortir de la cabine d’essayage si elle n’a pas de miroir à l’intérieur.
  • Je veux leur dire qu’ils pourront déborder sur mon siège dans l’avion.
  • Je veux leur dire de ne pas écouter ces mots méchants ou blessants que certains auront bêtement lancés en leur direction.
  • Je veux leur dire de ne pas se sous-estimer, mais d’être fiers de qui ils sont.

Je voudrais leur dire tant de choses, mais surtout ceci :

Soyez-vous-mêmes, car c’est à la société à s’adapter à vous et non à vous à vous adapter à la société. Nous sommes tous et chacun la société, et nous la composons avec nos particularités et nos limites!

Soyons tolérants. Soyons ouverts à la différence, à la diversité et ce sous toutes ces formes. Soyons solidaires et gentils, car dans chaque corps vit un cœur et une âme.
Je vous souhaite la liberté de corps et d’esprit. Un petit pas à la fois.

Nous le méritons tous.

Auteure,  Dans la peau d’une obèse : Mademoiselle Mymy pour ESM

Mademoiselle-Mymy

 

Mademoiselle Mymy est une jeune écrivaine lue internationalement via sa communauté Facebook. Spécialiste des mots du cœur, Mymy est une grande humaniste, qui cherche à rassembler, à inspirer et à apaiser avec ses récits métaphoriques et ses réflexions de vie lucides! Sa plume étant empreinte d’une grande empathie, on se laisser bercer par ses mots qui guérissent, qui nourrissent, bref, qui font du bien à l’âme! Son premier livre tant attendu verra le jour en 2016.

Sa page Facebook: www.facebook.com/mllemymy1

Son site:  www.mademoisellemymy.com

Source des images :natachanatacha.wordpress.com