
La peur comme signal de vérité
« La peur apparaît souvent lorsque nous nous rapprochons de ce que nous devons affronter. » – Inspiré de Pema Chödrön
Je souffre d’arachnophobie. La nuit dernière, une grosse araignée s’est installée sur le mur de ma chambre. La voir, sombre et imposante sur le blanc immaculé de la peinture, m’a fait perdre mon sang-froid.
Mes stratégies face à la peur
J’ai plusieurs façons de gérer mes peurs. Parfois, je les ignore et fonce tête baissée sans réfléchir. Parfois, je les évite complètement et pars loin. Mais lorsqu’il s’agit d’araignées, j’adopte une approche différente : j’humanise la situation.
J’ai appelé mon nouveau colocataire Richie. Je lui ai accordé la même courtoisie que celle que je réserve à tous les animaux. Après une planification minutieuse, j’ai pris une grande inspiration et je l’ai installé dans sa résidence temporaire, prêt à être transféré dans le jardin.
Il semblait plus terrifié que moi, même sans raison. Et pourtant, je l’ai traité avec la même gentillesse et le même respect que pour mes animaux de compagnie.
La leçon de bienveillance envers soi-même

À ce moment, j’ai réalisé que je devais faire la même chose pour moi-même : faire preuve de bienveillance et accepter que mes peurs ne soient pas toujours fondées sur la réalité.
La dépression et le retrait
Je sors d’une période de dépression. Quand je suis très déprimée, je m’arrête complètement. Je dois prendre soin de mes animaux, alors je les nourris et les nettoie, mais cela ne s’applique pas à moi. Je ne mange pas, je ne dors pas, je ne fais rien d’autre que rester assise à fixer mon environnement.
Mon linge s’accumule dans un coin, mon bureau est encombré de livres, de papiers et de DVD. C’est comme si la vie elle-même s’arrêtait, douloureusement engourdie. La lumière du jour devient insupportable, tout comme la nature qui m’entoure. Je ne veux voir personne, ni parler à qui que ce soit. La plupart du temps, je retourne furtivement au lit, fixe le plafond et pleure. J’ai l’impression que ma vie est terminée et qu’il ne me reste qu’à disparaître.
La difficulté à comprendre la souffrance
Le chagrin ressenti pendant une dépression est écrasant, mais sa cause est souvent invisible. Je n’arrive pas à comprendre ce qui me perturbe ni à me remettre sur pied. Ce n’est pas que je sois « tombée sans raison » : ma dépression est simplement la réponse de mon corps et de mon esprit à la vie, à ses tensions et à ses douleurs.
Reconnaître sa sensibilité et sa peur

La vie est difficile et je traverse beaucoup de difficultés émotionnelles. Je suis sensible et j’ai tendance à m’inquiéter constamment. J’ai peur et je me sens souvent seule. Ce sont des réalités difficiles à admettre, mais elles font partie de ce qui m’attire dans la vie, et j’essaie d’en tirer le meilleur parti.
La peur de la dépression
Être déprimée est quelque chose que je redoute, car je sais combien il est difficile de sortir de ce trou. Pire encore, je n’ai aucun contrôle sur la situation : je ne peux ni prédire quand cela arrivera, ni combien de temps cela durera, ni à quel point ce sera intense. Je dois me préparer à cette éventualité.
Mais ma peur ne se limite pas à la dépression. J’ai aussi peur de décevoir les autres et d’être jugée.
La fragilité derrière l’apparence
Je n’aime pas admettre que je me préoccupe de ce que pensent les autres. J’aime me faire passer pour rebelle et croire que je suis émotionnellement solide. En réalité, je suis sensible et je sais que mes sentiments peuvent être blessés.
J’ai fini par comprendre quelque chose d’important : nous créons souvent des peurs à partir d’expériences passées et les exagérons. Elles ne sont pas toujours ancrées dans la réalité. Même quand elles semblent justifiées, elles ne nous définissent pas ; c’est par nos paroles et nos actes que nous nous construisons.
Retrouver le contrôle sur ses peurs

En croyant que nos peurs sont irréfutables, nous nous laissons écraser par elles. Parfois, quelqu’un vient et nous montre que les gens n’agissent pas toujours comme nous le craignons, tout comme j’ai épargné Richie au lieu de l’écraser.
Il arrive que certaines personnes portent des jugements hâtifs lorsqu’elles voient quelqu’un en difficulté. Mais nous n’avons pas à nous laisser envahir par ces jugements ni à nous juger nous-mêmes. Chacun traverse ses propres épreuves. Même si nous ne faisons pas tous face à la dépression, personne n’est à l’abri de difficultés, et parfois nous avons simplement besoin d’une pause.
S’accorder une pause
Parfois, il faut s’autoriser à prendre soin de soi avant de pouvoir s’engager avec le monde. Parfois, je me force trop à correspondre aux attentes des autres, à devenir quelqu’un qui ne souffre pas ou qui ne connaît jamais la dépression.
La vérité, c’est que je ne veux pas seulement « guérir » : je veux être libre d’être qui je suis. Et je veux affronter ma peur d’être jugée pour cela. Cela ne peut se faire que si je cesse d’être si dure avec moi-même.
L’introspection sans jugement

Parfois, il suffit de prendre une grande inspiration, de s’introspecter sans jugement et d’être honnête avec soi-même sur ce qui nous effraie vraiment. C’est le seul moyen d’identifier l’irrationalité de nos peurs, de comprendre nos besoins et de changer notre façon de penser et d’agir.
Nous pouvons défier et surmonter nos peurs si nous acceptons de leur retirer leur pouvoir. Elles ne sont pas aussi puissantes qu’on le croit.
Le monde ne nous attend pas au tournant. Et surtout, nous ne devrions pas nous écraser nous-mêmes.