La superstition, le remède à l’angoisse ?

de | 22 janvier 2017

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La superstition, le remède à l’angoisse ?

Jouer au Loto le vendredi 13, faire un détour pour ne pas passer sous une échelle, toucher du bois… La superstition est une attitude mentale universelle, qui se transforme chez certains en vrai handicap. A quoi nous sert-elle ? Et comment éviter qu’elle devienne trop envahissante ?

Pourquoi ?

« La superstition est sans doute aussi vieille que l’humanité, explique le psychanalyste Gérard Louvain. Étymologiquement, ce terme renvoie à “se tenir au-dessus, dominer, surmonter et, finalement, survivre”. » Apparemment absurde, elle est pourtant un pur produit de notre intelligence.

La peur du hasard

Angoisse

« Il est légitime d’imaginer que le premier homme préhistorique qui a eu l’impression qu’en touchant du bois il éloignait le mauvais sort l’a raconté aussitôt à toute sa tribu. Et, à partir de ce moment, tout le monde a adopté ce rituel… au cas où », avance Christophe André, psychiatre comportementaliste.

Pour lui, la superstition résulte de la mise en rapport arbitraire et magique de faits sans rapport entre eux dans la réalité. Je me lève du pied gauche le matin et, le soir, j’apprends la mort d’un proche. Immédiatement, j’en déduis que se lever du pied gauche porte malheur. Je me lèverai donc du pied droit et je tremblerai les jours où, fortuitement, je me serai trompé…

Nous établissons ces liaisons sans fondement pour essayer de trouver du sens, des causes tangibles aux événements, pour poser des lois là où, en réalité, c’est le hasard qui mène la danse.

Un dispositif contre l’anxiété

Selon Gérard Louvain, « c’est pour apprivoiser l’angoisse existentielle occasionnée par l’incertitude propre à la condition humaine que nous inventons tous nos rituels superstitieux. J’ai passé une journée exceptionnellement mauvaise ? Normal : nous sommes un vendredi 13 ! »

« Plus nous sommes anxieux, plus nous avons besoin d’eux : les rituels comme les prières ont un pouvoir apaisant, ajoute Christophe André. Toutefois, le contexte familial et notre culture ont également une influence.

Les situations à risques, dont l’issue est aléatoire et ne dépend pas de nous, augmentent le recours aux superstitions. Statistiquement, les sportifs de haut niveau, les pilotes de formule 1 et les toreros sont plus superstitieux que la moyenne des individus. »

Un rituel, ça va, deux rituels…

Aux yeux des psys, tous les rituels superstitieux sont ineptes. Ce n’est donc pas leur pertinence qui nous permet de distinguer entre superstitions acceptables et superstitions névrotiques. « C’est la fréquence des actions conjuratoires, leur nombre et la perte de liberté qu’ils entraînent qui font la différence », explique Christophe André.

Nous nous amusons tous – ou presque – à éviter de marcher sur les joints des dalles du trottoir. En revanche, si pour éloigner le malheur, on se sent forcé d’accomplir ce rituel d’évitement en permanence, en s’interdisant de penser au chiffre 4, au mot « mort », à sa mère, en se contraignant à réciter intérieurement six fois de suite l’alphabet à l’envers, attention : risque de névrose.

Que faire ?

Soyez indulgent avec vous-même

Si vous sentez que vos grigris, vos petites croyances vous apaisent, surtout n’en changez pas, acceptez-les. Freud place la superstition et ses actes magiques parmi les manifestations psychiques du quotidien. Tout en se défendant d’être superstitieux, on sait par sa correspondance que lui-même avait ses rituels personnels.

Ne vous laissez pas emprisonner

Après une période difficile, vous constatez que vos rituels conjuratoires ont augmenté au point que vous ne pouvez plus vous en empêcher. Stoppez l’escalade en vous transformant en scientifique : observez ce qui arrive quand vous passez outre. Les malheurs que vous craignez se produisent-ils si vous marchez sur les joints du trottoir ou passez sous des échelles ? Le sort s’acharne-t-il sur vous ? Non, bien sûr !

Consultez

Vous avez essayé de décrocher, mais vous êtes submergé par l’angoisse quand vous n’obéissez pas à vos rituels. N’hésitez pas à prendre rendez-vous avec un psychothérapeute ou avec un psychiatre comportementaliste spécialisé dans les troubles anxieux.

Conseils à l’entourage

Respectez les rituels et petites manies porte-bonheur des superstitieux que vous fréquentez. Mais n’entrez pas dans le jeu des accros, élaborant des rites complexes qui n’en finissent pas. Se moquer d’eux ne les empêchera pas de s’y livrer, ils se cacheront, voilà tout.

Montrez l’exemple : « Je renverse du sel sur la table, je pose le pain à l’envers, je passe sous une échelle, et tu vois bien qu’il ne survient rien de fâcheux. »

A lire

Psychologie de la superstition de Konrad Zucker
Une exploration de l’univers des superstitions et des rituels magiques à toutes les époques et dans toutes les cultures Payot

Petites Angoisses et grosses phobies de Christophe André
Quand nos tendances superstitieuses se muent en un besoin irrépressible de stratégies pour chasser le mauvais sort et tenir la mort

Par Isabelle Taubes

Sources : tarotpsychologique.wordpress.com

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