
L’amitié à l’ère des réseaux sociaux et chez les Grecs anciens
À l’ère des réseaux sociaux, où l’on considère comme un grand prestige d’avoir de nombreux « amis » sur son profil, qu’est-ce que l’amitié au juste ? Ce sont les Grecs qui ont écrit le plus abondamment et le plus clairement sur ce sujet, mais un auteur moderne a résumé le problème par cette citation : « Tout le monde se dit ami ; mais seul un imbécile y croit : rien n’est plus banal que ce nom ; rien n’est plus rare. »
Même si certains peuvent contester la grande excellence de la culture grecque, son développement à son apogée est remarquable, tout comme son influence sur l’Occident. Cette influence s’étend non seulement à la langue, mais aussi aux mythes et à la culture. Les philosophes grecs ont étudié en profondeur des sujets variés tels que la politique, la beauté, la vérité, la vie, la connaissance, l’amour et l’amitié.
L’amitié selon les Grecs ancien et les grandes idées de la pensée grecque
Dans la conception grecque, Éros conférait à la beauté une plus grande fluidité. Ainsi, un beau poème ou une belle performance pouvaient être aussi captivants qu’un beau corps. De nos jours, cette idée a été en partie déformée, et Cupidon a été considérablement transformé dans l’imaginaire collectif. Un phénomène similaire s’est produit avec un autre aspect de la pensée grecque : l’amitié.
Bien que Platon ait abordé l’amitié dans l’un de ses dialogues (le Lysis), c’est son disciple Aristote qui l’a le plus longuement traitée. Dans l’Éthique à Nicomaque, Aristote consacre les livres VIII et IX à ce sujet. Selon le philosophe, « l’amitié est une vertu, ou y est liée, et elle est extrêmement nécessaire à la vie. En effet, nul ne voudrait vivre sans amis, même s’il possédait tous les autres biens. »
Les trois formes d’amitié selon Aristote
Selon Aristote, nous faisons l’expérience de trois formes d’amitié tout au long de notre vie.
Il s’agirait de :
- L’amitié agréable
- L’amitié utile
- L’amitié parfaite
Dans notre jeunesse, nous recherchons souvent des amitiés agréables, qui nous procurent du plaisir : « on peut dire la même chose de ceux qui aiment, non pas pour le caractère – car on aime les gens spirituels – mais parce qu’ils les trouvent agréables. »
À un âge plus avancé, nous recherchons l’utilité : « ceux qui fondent leur amitié sur l’intérêt personnel s’aiment pour l’utilité qu’ils s’apportent mutuellement, pour le bien qu’ils en retirent, mais ils ne s’aiment pas pour eux-mêmes. »
Enfin, l’amitié considérée comme parfaite par Aristote serait : « celle qui existe entre des hommes bons et semblables en vertu, car ces personnes désirent le bien les uns chez les autres de manière identique, et sont bonnes en elles-mêmes […] ceux qui désirent le bien pour leurs amis pour leur propre bien sont des amis au sens le plus vrai du terme, parce qu’ils le font en raison de leur nature et non par accident. »
La rareté de l’amitié parfaite
Le philosophe affirme par ailleurs qu’« il est impossible d’entretenir une amitié parfaite avec plusieurs personnes, de même qu’il est impossible d’aimer plusieurs personnes à la fois. En réalité, l’amitié parfaite est comme un supplément, qui, par nature, ne peut exister qu’avec une seule personne ; en effet, il est difficile pour plusieurs personnes de plaire intensément à la même personne simultanément. »
Selon lui, l’amitié se construit au fil des années et doit surmonter de nombreuses épreuves entre les personnes concernées.
Ainsi, la maxime selon laquelle « les êtres humains sont des êtres politiques » est bien connue : l’être humain est un animal social qui ne vit pas seul.
Épicure et la valeur de l’amitié
Un autre philosophe s’est également distingué sur le thème de l’amitié. Épicure, grand penseur ayant profondément marqué la philosophie occidentale, affirmait : « De tous les biens que la sagesse procure pour assurer le bonheur tout au long de la vie, le plus grand, sans conteste, est la conquête de l’amitié. »
Conclusion : une amitié idéale ?
Malheureusement, la philosophie n’est plus un sujet de discussion central en Grèce aujourd’hui. Le pays est confronté à de graves crises financières et à une situation sans précédent.
Peut-être l’amitié parfaite idéalisée par Aristote est-elle impossible à trouver. Il ne nous reste que les textes antiques, traduits, qui éclairent sa pensée et sa vision de la vie en Grèce et ailleurs. Peut-être cette amitié parfaite et idéale n’a-t-elle jamais existé, mais il est bon de rêver à une telle possibilité.
Et souvenons-nous de ce que disait le Stagirite : « L’amitié, c’est une seule âme en deux corps. »
Note : Bien qu’Aristote soit considéré comme grec, il était originaire de Stagire, une ancienne ville de Macédoine située aujourd’hui en Grèce.

