
Élever des enfants résilients grâce aux enseignements de Marc Aurèle. Face aux difficultés, certains enfants se découragent rapidement lorsqu’une situation échappe à leur contrôle. Pourtant, apprendre à gérer les imprévus, les déceptions et les émotions fortes constitue une étape essentielle de leur développement.
La philosophie stoïcienne, notamment celle de Marc Aurèle, empereur romain du IIe siècle, propose une approche intéressante pour élever des enfants résilients. Son principe fondamental consiste à distinguer ce que nous pouvons maîtriser de ce qui ne dépend pas de nous.
Contrairement à certaines idées reçues, la résilience ne signifie pas éviter les difficultés ni apprendre à devenir insensible. Elle consiste plutôt à comprendre ses émotions, à affronter les obstacles et à découvrir que l’on possède des ressources pour les surmonter.
Lorsqu’un enfant comprend qu’il peut faire des choix, demander du soutien et réfléchir à ses réactions, les expériences difficiles deviennent moins intimidantes. Elles ne définissent plus nécessairement ce qu’il est, mais peuvent contribuer à développer sa capacité d’adaptation.
Le principe stoïcien essentiel : distinguer ce que l’on peut contrôler

L’un des enseignements les plus utiles du stoïcisme repose sur la distinction entre les événements sur lesquels nous pouvons agir et ceux qui échappent à notre volonté.
Nous pouvons choisir nos efforts, nos comportements, nos paroles et la manière dont nous réagissons aux difficultés. En revanche, nous ne pouvons pas décider de ce que pensent les autres, empêcher tous les imprévus ou modifier ce qui appartient déjà au passé.
Pour aider un enfant à comprendre cette différence, les parents peuvent lui proposer un exercice simple. Sur une feuille, dessinez deux cercles. Dans le premier, inscrivez « Ce que je peux contrôler » et, dans le second, « Ce que je ne peux pas contrôler ». Dans le premier cercle, l’enfant peut noter ses efforts, sa manière de parler aux autres, sa décision de demander de l’aide ou sa volonté de persévérer.
Dans le second, il peut placer la météo, les réactions de ses camarades, le résultat d’un match ou une mauvaise note déjà obtenue.
Cet exercice permet de comprendre où concentrer son énergie. Une situation devient souvent plus facile à gérer lorsqu’on cesse de vouloir tout maîtriser et qu’on s’intéresse aux possibilités d’action qui restent à notre portée.
Une étude publiée en 2012 dans le Journal of Personality and Social Psychology a notamment montré que la capacité à adapter ses stratégies de régulation émotionnelle aux circonstances pouvait jouer un rôle important dans le bien-être psychologique.
4 enseignements de Marc Aurèle pour élever des enfants résilients

1. Apprendre à se concentrer sur ce qui dépend de soi
Un enfant ne peut pas toujours modifier une situation désagréable, mais il peut apprendre à choisir la manière dont il y répond.
Lorsqu’il rencontre une difficulté, l’encourager à identifier les actions possibles l’aide à retrouver un sentiment de maîtrise.
Plutôt que de rester bloqué sur ce qui s’est mal passé, il peut réfléchir à ce qu’il pourrait essayer différemment la prochaine fois.
Cette approche favorise progressivement l’autonomie et la confiance dans sa capacité à surmonter les obstacles.
2. Prendre le temps de réfléchir avant de réagir
La colère, la tristesse ou la frustration peuvent pousser les enfants à réagir impulsivement.
Les enseignements stoïciens invitent à créer un espace entre l’émotion ressentie et la réaction qui suit.
Apprendre à s’arrêter quelques instants, à reconnaître ce que l’on ressent et à réfléchir aux conséquences de ses actes peut aider à prendre des décisions plus adaptées.
Une étude publiée en 2014 dans la revue Developmental Psychology a montré que les capacités de régulation émotionnelle pendant l’enfance étaient associées à différents aspects du développement social et psychologique.
3. Ne pas chercher à supprimer toutes les difficultés

Vouloir protéger son enfant des déceptions est naturel. Pourtant, lui éviter systématiquement les erreurs et les obstacles peut limiter les occasions de développer ses propres capacités d’adaptation.
Les échecs, les désaccords et les imprévus font partie de l’apprentissage.
L’objectif n’est pas de laisser un enfant affronter seul des situations difficiles, mais de l’accompagner sans résoudre immédiatement tous ses problèmes à sa place.
En découvrant qu’il peut surmonter une contrariété, il développe progressivement davantage de confiance en lui.
4. Apprendre à remettre en question ses pensées négatives
La manière dont un enfant interprète un événement influence souvent l’intensité de ses émotions.
Après une dispute avec un camarade, il peut par exemple penser que personne ne l’apprécie. Pourtant, cette conclusion ne reflète pas nécessairement la réalité. L’aider à remplacer cette interprétation générale par une observation plus précise, comme le fait d’avoir simplement vécu un désaccord avec un ami, peut rendre la situation moins inquiétante.
Une méta-analyse publiée en 2012 dans Clinical Psychology Review a montré que les interventions cognitivo-comportementales pouvaient contribuer à réduire les symptômes anxieux chez les enfants et les adolescents.
Comment apprendre aux enfants à voir les situations autrement ?

Pour élever des enfants résilients, il est important de leur apprendre à prendre du recul sur leurs pensées, sans minimiser leurs émotions. Lorsqu’un enfant est inquiet ou contrarié, la première étape consiste à reconnaître ce qu’il ressent plutôt qu’à chercher immédiatement à le rassurer. Les parents peuvent ensuite l’aider à identifier la pensée qui provoque son inquiétude en lui demandant ce qui lui fait peur ou ce qu’il imagine qu’il pourrait arriver.
Une fois cette crainte exprimée, il devient possible d’examiner d’autres explications.
Il ne s’agit pas de prétendre que tout va bien ni de remplacer systématiquement une pensée négative par une pensée positive. L’objectif est plutôt d’aider l’enfant à adopter une interprétation plus réaliste et moins alarmante. Avec le temps, cette habitude peut lui permettre de comprendre que sa première réaction ne représente pas toujours la seule manière de voir une situation.
Pourquoi les parents doivent-ils montrer l’exemple ?
Les enfants apprennent beaucoup en observant les réactions des adultes qui les entourent.
Lorsqu’un parent fait face à un imprévu avec calme, reconnaît sa frustration et cherche une solution, il montre concrètement comment gérer une situation difficile.
Par exemple, si une sortie familiale doit être annulée, il peut expliquer qu’il est déçu, mais qu’il ne peut pas changer les circonstances. Il peut ensuite proposer de réfléchir ensemble à une autre activité. Cette manière de réagir permet à l’enfant de comprendre qu’une contrariété n’empêche pas de trouver une solution. Voir régulièrement ses parents reconnaître leurs erreurs, présenter des excuses, gérer leurs émotions et s’adapter aux changements contribue à rendre ces comportements plus accessibles.
Pour élever des enfants résilients, les conseils sont donc importants, mais les attitudes quotidiennes des adultes le sont tout autant.
Le stoïcisme ne consiste pas à apprendre aux enfants à cacher leurs émotions

Le mot « stoïque » est souvent associé à une personne qui ne montre aucune émotion. Cette interprétation, que l’on retrouve notamment dans la définition du dictionnaire Merriam-Webster, ne résume pourtant pas la philosophie stoïcienne.
Le stoïcisme ne demande pas de supprimer la tristesse, la colère, la peur ou la déception. Il invite plutôt à reconnaître ces émotions sans leur laisser déterminer automatiquement nos comportements. Un enfant peut être en colère sans devenir agressif, ressentir de la déception sans abandonner ou éprouver de l’inquiétude tout en trouvant le courage d’agir.
La résilience ne consiste donc pas à ressentir moins d’émotions, mais à apprendre à les traverser sans se laisser complètement submerger.
C’est précisément l’un des enseignements les plus utiles de Marc Aurèle pour les parents : aider les enfants à comprendre qu’ils ne maîtriseront jamais tous les événements de leur vie, mais qu’ils peuvent progressivement apprendre à choisir la manière dont ils y répondent.

