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Arrêter de craindre le vieillissement : comment l’accepter vraiment

Que vous ayez 20 ou 99 ans, chaque instant de la vie est une occasion de vous concentrer sur ce qui compte vraiment pour vous.

La vieillesse vous angoisse ? Vous n’êtes pas seul à craindre le vieillissement. On imagine souvent que la vieillesse est synonyme de souffrance, de solitude et de perte d’attrait. Si la plupart d’entre nous, dans les pays développés, apprécions les progrès de la médecine qui nous permettent d’espérer vivre environ six ans de plus que nos grands-parents, nous ne souhaitons pas pour autant vieillir. Le marketing et les médias nous laissent entendre que la vie décline à partir de 50 ans, et l’on nous propose une multitude de produits « anti-âge » ou de changements de mode de vie censés nous aider à enrayer ce déclin.

Avec une population de plus en plus âgée, il est grand temps, à mon avis, que notre perception collective du vieillissement s’adapte à la réalité. Heureusement, l’image négative que vous vous en êtes probablement faite est tout simplement fausse. Par exemple, les recherches sur la courbe du bonheur indiquent que notre niveau de bonheur augmente à partir du milieu de la vie et jusqu’à 70 ans. Certes, il vous faudra peut-être un peu plus de temps pour apprendre de nouvelles choses en vieillissant, et vous effectuerez peut-être certaines activités plus lentement qu’avant, mais l’âge avancé présente aussi de nombreux atouts. Avec l’âge, vous pouvez vous attendre à accumuler une meilleure connaissance du monde, à être plus apte à la retrouver et à l’appliquer, et à développer votre intelligence émotionnelle.

Bien sûr, comme à chaque étape de la vie, la vieillesse apporte son lot de défis. Mais plutôt que de dire aux personnes âgées de « bien vieillir » (ce qui revient à dire « ne vieillissez pas »), je pense que nous devrions les soutenir davantage face à ces défis. Car on ne dit pas aux adolescents d’éviter les difficultés de leur âge. Au contraire, on cherche à leur donner les moyens d’y faire face et d’en ressortir plus sages et plus résilients. Nous devrions accompagner de la même manière les personnes qui traversent cette transition après 50 ans. Dans cet esprit, voici quelques pistes pour appréhender le passage du temps, afin qu’au lieu de le fuir, vous puissiez en faire un moteur de croissance.

Pour bien vieillir, pratiquer la pleine conscience

Pour bien vieillir, je suggère de pratiquer différentes formes de pleine conscience. Tout comme l’exercice physique contribue à maintenir et à améliorer la santé, la pleine conscience est un entraînement mental qui favorise un bien-être optimal. Elle consiste à explorer avec curiosité l’instant présent : vos pensées, vos émotions et vos sensations physiques. Parmi ses bienfaits, on compte une meilleure concentration, une plus grande conscience de soi, ainsi que la capacité de rester centré sur l’essentiel et de relever les défis avec bienveillance, humour, résilience et adaptabilité mentale. Voici cinq façons, basées sur la pleine conscience, de bien vieillir plutôt que de simplement prendre de l’âge :

Choisissez ce à quoi vous prêtez attention

Le secret d’une vie épanouie réside dans la capacité à privilégier une pensée plutôt qu’une autre. Cela vous permettra de vous concentrer sur vos atouts et vos plaisirs plutôt que sur vos limites. Vous pourrez ainsi vous consacrer à ce qui compte vraiment pour vous et ne pas gaspiller votre énergie sur ce qui n’a pas d’importance, ni sur ce que vous ne pouvez de toute façon pas changer.

Vous pouvez entraîner votre attention de deux manières. La première consiste en une pratique informelle de la pleine conscience, sans méditation. Il s’agit alors d’observer vos expériences quotidiennes et de choisir délibérément où porter votre attention. Ainsi, si vous vous regardez dans le miroir et déplorez vos rides ou votre calvitie, vous pouvez vous entraîner à vous recentrer sur ce que vous aimez, les rides profondes dues à de nombreux sourires au fil des années, par exemple. Ou encore, si vous éprouvez de la colère ou de la tristesse face à la perte de capacités liée à l’âge, vous pouvez choisir de porter votre attention sur les choses qui vous procurent du plaisir et que vous pouvez encore faire.

La seconde méthode pour entraîner votre attention consiste à pratiquer la méditation de pleine conscience, que ce soit assis, allongé ou en effectuant des mouvements lents. Il s’agit simplement de concentrer son attention sur un point précis pendant un certain temps. Vous choisissez un point d’ancrage, comme votre respiration ou toute autre sensation physique, et vous y revenez dès que vous remarquez que votre esprit s’est égaré. Avec le temps, vous modifierez les connexions neuronales de votre cerveau, et votre capacité de concentration et de maîtrise de votre attention s’améliorera.

Pour comprendre comment cela fonctionne, prenons l’exemple d’une de mes amies âgées, rongée par l’angoisse de devenir aveugle à cause de la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA), une maladie héréditaire présente dans sa famille. Nous avons travaillé ensemble pour améliorer sa maîtrise de l’attention, partant du principe qu’elle ne pouvait rien faire de concret pour protéger sa vue, si ce n’est se rendre à des examens ophtalmologiques réguliers. Pendant ses séances de méditation, elle trouvait du réconfort en concentrant son attention sur un point précis de sa poitrine. Au début, cela l’aidait à recentrer son esprit vagabond pendant les méditations, mais avec le temps, ce point est aussi devenu un refuge pour elle en cas de stress ou de pensées angoissantes au quotidien. Elle a remarqué que, chaque fois que son esprit était envahi par des pensées concernant la cécité, elle pouvait recentrer son attention sur ce point, maintenir sa concentration pendant cinq minutes, puis passer à autre chose. Ainsi, elle s’est empêchée de gâcher sa vie avec des inquiétudes concernant des choses sur lesquelles elle n’avait aucune prise.

Quel que soit votre âge, une meilleure maîtrise de votre attention vous aidera à mieux choisir votre point de concentration, mais c’est aussi une compétence particulièrement précieuse plus tard dans la vie, lorsque notre esprit a tendance à se laisser distraire plus facilement.

Remettez en question vos idées reçues négatives sur le vieillissement

En vous tournant vers l’intérieur pour améliorer votre contrôle attentionnel, vous commencerez également à mieux comprendre vos schémas de pensée. La plupart d’entre nous ont inconsciemment intériorisé le discours âgiste de la société sur ce que signifie vieillir, et vous remarquerez peut-être que des pensées répétitives de ce genre vous limitent, comme « Les personnes d’âge moyen sont lentes à apprendre l’informatique » ou « Les personnes âgées sont fragiles ».

Il est facile de s’enfermer dans ce genre de croyances, car nous les entendons depuis toujours et nos sociétés sont construites autour d’elles. Mais en étant plus attentif à vos pensées, vous pourrez voir ces croyances comme des généralisations et réaliser qu’elles ne vous concernent pas.

Par exemple, j’ai rencontré de nombreux sexagénaires qui, poussés par leur entourage à envisager la retraite, ont réalisé, après réflexion sur leurs propres désirs et ambitions, qu’ils étaient loin d’être prêts. Bien au contraire. Ils ont donc continué à travailler ou se sont découverts de nouvelles passions et ont entamé une nouvelle carrière.

Pour mieux prendre conscience de ses pensées, il est utile de prendre du recul, de les observer et de les nommer. Il est plus facile de commencer par des méditations de pleine conscience, car les distractions y sont moindres. Il suffit de s’asseoir et d’observer les pensées qui surgissent, puis de leur attribuer un nom comme « planification », « résolution de problèmes », « inquiétude » ou « jugement ».

C’est en prenant le temps d’écouter attentivement vos pensées que vous les verrez pour ce qu’elles sont : des créations issues de pulsions et d’habitudes construites génétiquement et socialement. Si vous êtes une personne âgée, vous pourriez penser être « bloqué » par vos pensées, mais il n’est jamais trop tard pour explorer vos habitudes mentales et commencer à penser et à agir différemment. Une méthode consiste à vous demander constamment : « Cette pensée ou ce comportement m’aide-t-il à vivre la vie que je souhaite ? »

Un de mes proches a perdu sa femme à plus de 70 ans. Lors d’un échange, il a commencé à remarquer des pensées récurrentes telles que « Je suis trop vieux » et « Je ne suis pas attirant », qui l’empêchaient de recommencer à fréquenter des femmes. Bien qu’il continue à se trouver peu attirant, il a également pris conscience du caractère néfaste de ces pensées, qui l’empêchaient de mener la vie sociale et épanouissante qu’il désirait. Sa pratique de la pleine conscience lui a permis d’éviter de se perdre dans des ruminations sur son âge ou son apparence, et il a finalement trouvé la motivation pour s’inscrire sur une application de rencontre pour seniors.

N’essayez pas de lutter contre votre inconfort

Images Pexels et Freepik

Nous, les humains, gaspillons une énergie considérable à éviter tout inconfort potentiel. Souvent, l’énergie dépensée à éviter quelque chose est bien plus désagréable que l’inconfort lui-même. Le paradoxe est que le pouvoir de ce qui est indésirable diminue si l’on parvient à l’accepter plutôt qu’à l’éviter. Cela s’applique au vieillissement. Aborder le passage du temps avec conscience, acceptation et bienveillance permet de mieux s’adapter et de vivre au rythme des changements de la vie. Accepter ce que l’on ne peut changer n’est pas chose facile, mais on peut apprendre à développer cette acceptation avec le temps, du moins en partie.

L’acceptation est également facilitée par une meilleure maîtrise de l’attention. Elle vous permettra de remarquer que, même dans la souffrance et la douleur, il existe aussi du plaisir et de la joie dans l’instant présent. Vous n’y croyez pas ? Essayez la prochaine fois que vous vous sentirez submergé par le malaise.

Il est préférable de commencer par quelque chose de mineur, comme se mettre en colère contre quelqu’un qui double dans la file d’attente ou s’énerver contre soi-même pour avoir oublié d’acheter du lait. Plus tard, on peut essayer cette méthode pour des émotions ou un inconfort physique plus importants.

Fermez les yeux, prenez conscience des pensées et des sentiments désagréables qui vous traversent, identifiez-les, puis demandez-vous : « Qu’y a-t-il d’autre ? » Il ne s’agit pas de réfléchir à ce pour quoi vous êtes reconnaissant, mais plutôt de vous reconnecter à votre corps. Vous pourriez alors ressentir une sensation physique agréable, comme la chaleur de vos mains, entendre le chant d’un oiseau ou humer l’odeur du café. Ces sensations agréables sont peut-être subtiles, mais elles sont bien présentes ; il suffit de les remarquer. L’objectif n’est pas de vous distraire ni d’éviter le malaise, mais d’adopter une perspective plus large afin de ne pas vous laisser absorber uniquement par celui-ci.

N’oubliez pas d’être bienveillant envers vous-même

Il n’y a pas d’acceptation sans compassion. Pour affronter sereinement les difficultés de la vie, il est essentiel d’être bienveillant et indulgent envers soi-même. Si des termes comme « amour », « compassion » et « gentillesse » sont parfois perçus comme des qualités superficielles, il s’agit en réalité de compétences essentielles à notre bien-être et à notre épanouissement. Les recherches montrent un lien particulièrement fort entre l’autocompassion et le bien-être chez les personnes âgées.

Comment repenser la procrastination

Éprouver de la compassion envers soi-même n’est pas toujours facile, mais c’est un choix et une compétence. Une façon d’y parvenir est de s’efforcer de ne pas se percevoir comme isolé des autres. Lorsque je fais des erreurs ou que les choses ne se déroulent pas comme prévu, il est trop facile de penser que cela n’arrive qu’à moi. Par conséquent, un acte d’autocompassion consiste à reformuler mon malaise, en passant de « Pauvre de moi, tout seul » à « C’est tout simplement humain ». Avec ce point de vue, ma souffrance devient un moment de connexion avec les autres plutôt qu’une période d’apitoiement sur soi-même.

Une autre solution consiste à pratiquer l’autocompassion. Demandez-vous : « De quoi ai-je besoin en ce moment ? » Peut-être un moment de paix, de repos, quelques mots de bienveillance envers vous-même, ou passer du temps dans la nature ou avec des amis (pour plus de conseils, consultez le Guide Psyche sur l’autocompassion).

Par exemple, au lieu de perdre du temps à me culpabiliser d’être plus âgée ou de me sentir inadéquate, je trouve des moyens de prendre soin de moi et de me réconforter, et je choisis des moments et des lieux précis pour m’offrir ce dont j’ai besoin. Parfois, cela peut impliquer d’aller à la salle de sport pour compenser la perte de masse musculaire liée à l’âge ; d’autres fois, cela peut impliquer d’adapter mon mode de vie et de m’autoriser à ralentir.

Même si prendre soin de soi peut sembler égoïste, immérité ou relégué au second plan, je me rappelle que pour être là pour les autres, je dois d’abord être là pour moi-même. C’est un investissement non seulement pour mon avenir, mais aussi pour celui de mes proches.

Sortez du pilotage automatique et adoptez un esprit de débutant

Pour bien vivre le passage du temps, il est essentiel de s’adapter et de modifier constamment son mode de vie. Je propose une vision du vieillissement différente de l’approche biomédicale traditionnelle, qui considère notre corps et notre esprit comme des machines s’usant avec le temps. Voyez plutôt votre vie comme un flux continu de transitions. Au lieu de vous comparer à ce que vous étiez, demandez-vous qui vous souhaitez devenir.

Concentrez-vous sur ce qui compte vraiment pour vous à ce stade de votre vie, plutôt que sur ce qui ne fonctionne plus aussi bien qu’avant. Lorsque vous souffrez de maladies, de douleurs ou de déclin liés à l’âge, vous n’êtes ni brisé ni dysfonctionnel. Vous vous trouvez simplement dans une nouvelle réalité. La vie est une succession d’instants, et sa qualité dépend de la façon dont vous les vivez et y réagissez. N’oubliez pas que chaque instant comporte des épreuves et des joies. Quel que soit votre âge, abordez chaque instant comme un débutant : c’est une occasion de changement et d’épanouissement.

Dernière réflexion

Prenez votre temps pour suivre ces étapes. La pleine conscience n’est pas une solution miracle. Il vous faudra de la patience et de la persévérance pour identifier et modifier vos schémas de pensée profondément ancrés. Vous pouvez commencer à tout âge.

Plus vous débutez jeune, plus vous profiterez longtemps des bienfaits de cette approche et plus vous serez préparé(e) à faire face aux défis liés à l’âge. Par ailleurs, il n’est jamais trop tard pour commencer : que vous ayez 20 ou 90 ans, j’espère que vous trouverez ici des informations utiles.

Publié par Jean-Charles Réno

À propos de l’auteur: j'aime la nature et l'écologie mais je m'intéresse aussi à la psychologie et la spiritualité, je pense que tout est lié. Je suis arrivé dans l’équipe d’ESM en 2016 après avoir étudié en Angleterre et passé plusieurs années en Australie . Depuis toujours, je suis soucieux de la nature et de mon impact sur l’environnement. Ainsi, par le biais d’informations, j’essaie de contribuer à l’amélioration de l’environnement et de jouer un rôle dans l’éveil des consciences afin de rendre le monde un peu meilleur chaque jour.

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