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Citation de Robin Williams : « Chaque personne que vous rencontrez mène un combat dont vous ignorez tout. Soyez bienveillant. Toujours. » 

Robin Williams a prononcé cette phrase, ou une variante, dans diverses interviews et lors d’événements publics avant sa mort en 2014. Depuis, cette phrase est devenue l’une de celles qui circulent sur Internet, associées à des images de Williams dans divers rôles parmi les plus appréciés, généralement présentées comme un message inspirant de bienveillance que le grand public absorbe sans vraiment saisir ce qui lui est demandé.

À y regarder de plus près, cette phrase révèle une profondeur insoupçonnée, bien plus intéressante que ne le laisse entendre le discours inspirant habituel. Elle n’est pas, avant tout, une exhortation à la bienveillance. Il s’agit plutôt d’une observation structurelle sur une asymétrie particulière dans le fonctionnement des relations sociales adultes, assortie d’une recommandation pratique sur la manière d’y remédier une fois cette asymétrie constatée. Cette asymétrie est bien réelle. Mettre en œuvre cette recommandation s’avère plus complexe que ne le suggère généralement le discours inspirant.

Le fait que Williams lui-même ait été, d’une certaine manière, une source particulièrement crédible pour cette observation n’a pas échappé au grand public. De l’avis général, Williams était quelqu’un dont l’image publique était bien plus joyeuse que son état intérieur. Son suicide en 2014 a rendu cette réalité incontournable, une réalité que le grand public avait jusqu’alors pu ignorer. Dès lors, cette phrase a été perçue avec la conscience particulière que celui qui l’a prononcée se décrivait, d’une certaine façon, lui-même.

Ce que l’asymétrie est réellement

Il convient de préciser l’asymétrie que Williams soulignait, car le registre plus large ne l’a pas, d’après les éléments disponibles, particulièrement bien exprimée.

L’asymétrie est la suivante : la vie intérieure de chaque adulte n’est, de par sa structure même, que partiellement accessible à lui-même. La vie intérieure des autres adultes est, dans la plupart des cas, presque totalement inaccessible à quiconque d’autre qu’eux-mêmes. Le monde extérieur n’en perçoit que la surface. Cette surface, façonnée par des décennies de pratique, produit un certain type de fonctionnement social qui ne correspond en rien à ce que la personne porte réellement en elle.

L’asymétrie réside dans le décalage entre la surface et l’intérieur. Ce décalage est bien réel. À y regarder de plus près, il est considérablement plus important que ce que l’on croit généralement. La plupart des adultes, par une longue pratique, présentent une surface calibrée pour leur permettre d’évoluer dans leur environnement. Cette intégration exige que cette surface paraisse plus ou moins stable, plus ou moins compétente, plus ou moins indifférente aux diverses difficultés intérieures que la personne traverse. La surface est ce que perçoit l’environnement. L’intérieur, dans la plupart des cas, est structurellement invisible.

Il en découle que tout adulte rencontré dans la vie sociale ordinaire est, avec une probabilité non négligeable, en train de traverser une épreuve intérieure que cette rencontre ne révélera pas. Il peut s’agir de chagrin, de maladie, de craintes financières, de problèmes conjugaux, de l’accumulation progressive de pertes diverses, des petites humiliations que la vie adulte inflige avec une régularité désespérante. Rien ne transparaît en surface. La personne en face de vous mène, d’une manière ou d’une autre, un combat dont vous ignorez tout.

Que demande réellement cette ligne ?

Face à cette asymétrie, cette phrase nous invite à adapter notre comportement envers les autres adultes à la réalité structurelle plutôt qu’aux apparences. Ces dernières laissent entendre que l’autre adulte se porte bien et qu’on peut interagir avec lui sans considération particulière. Or, la réalité structurelle suggère que, dans les faits, il se peut que l’autre adulte ne se porte pas bien et que la rencontre en cours s’inscrive dans un contexte plus large auquel nous n’avons pas accès.

Il est donc recommandé de privilégier la bienveillance, non pas parce que l’autre adulte l’a manifestement méritée, mais parce que les circonstances l’imposent. La bienveillance n’est pas une récompense pour avoir visiblement manifesté un besoin de bienveillance. Il s’agit plutôt d’une reconnaissance du fait que, lors d’une interaction donnée, on ne dispose pas de suffisamment d’informations pour savoir si l’autre adulte en a besoin ou non, et que le coût de la bienveillance envers une personne qui n’en a pas besoin est considérablement moindre que celui de la malveillance envers une personne qui en a besoin.

À y regarder de plus près, il s’agit d’un calcul plutôt que d’un sentiment. Ce calcul repose sur le constat que, compte tenu de l’asymétrie structurelle entre la personnalité et le comportement intérieur, la valeur attendue d’une attitude bienveillante est supérieure à celle d’une attitude qui ne le serait pas. Cette valeur attendue est calculée en prenant en compte le nombre considérable d’adultes que l’on rencontre chaque semaine et dont on ignore tout de la personnalité. Le calcul est formel. La recommandation découle de ce calcul.

Pourquoi il est plus difficile d’agir qu’il n’y paraît

Force est de constater que cette recommandation, bien que solide sur le fond, est considérablement plus difficile à mettre en œuvre que ne le laisse entendre le discours inspirant habituel. Il convient d’en examiner les raisons.

La première raison tient au fait que, dans la plupart des vies adultes, la réalité structurelle de cette asymétrie est soigneusement écartée de la mémoire de travail. L’environnement est calibré pour fonctionner comme si les apparences étaient un indicateur fiable de l’état intérieur. C’est ce calibrage qui permet à l’environnement de fonctionner avec l’efficacité qu’on lui connaît. Se souvenir de cette asymétrie, au beau milieu d’une interaction, exige de récupérer activement une information que le système de fonctionnement par défaut a délibérément refoulée.

La seconde raison est que, dans le cours réel des interactions sociales adultes, la bienveillance instinctive va souvent à l’encontre des diverses motivations, même minimes, que la situation engendre. La personne désagréable l’est, dans la plupart des cas, pour des raisons qui, sur le moment, lui semblent justifiées. Elle est fatiguée. Elle est pressée. L’autre personne l’a, d’une manière ou d’une autre, légèrement incommodée.

La situation présente produit une irritation diffuse particulière que la personne désagréable est censée exprimer. Se souvenir que l’autre personne peut mener un combat dont on ignore tout exige de mettre de côté la motivation locale au profit de la réalité structurelle globale. Cette mise de côté est minime. De plus, à y regarder de plus près, elle est considérablement plus difficile à mettre en œuvre de manière fiable que ne le suggère la simplicité d’un cas isolé.

La troisième raison est que cette recommandation, appliquée sérieusement tout au long de la vie adulte, a un coût réel. Faire preuve de bienveillance en toutes circonstances, indépendamment des exigences de la situation, implique de renoncer aux petites satisfactions que procure l’expression de l’irritation engendrée par ces circonstances. Ces satisfactions sont bien réelles. Y renoncer, c’est précisément ce que demande cette recommandation. Or, on a tendance à ignorer ce coût. Par conséquent, celui-ci est souvent sous-estimé par ceux qui tentent de suivre la recommandation, lesquels se retrouvent ensuite incapables de maintenir cette pratique et en concluent qu’elle était irréalisable, alors qu’il est plus juste de dire qu’ils n’ont pas suffisamment anticipé ce coût.

Pourquoi Williams lui-même était la source crédible

Je tiens à souligner ce qui fait de Williams lui-même une source particulièrement crédible pour cette observation, car cette crédibilité est, à y regarder de plus près, structurellement importante pour la façon dont la phrase est interprétée.

De l’avis général, Williams affichait une allure publique bien plus joyeuse que son intimité. Il menait, semble-t-il, de nombreux combats dont le grand public ignorait tout pendant la majeure partie de sa vie adulte. Il incarnait, d’une certaine manière, l’asymétrie que cette ligne met en lumière. Cette asymétrie se manifestait dans son propre cas. Le grand public ignorait ce qu’il portait en lui. Il l’a finalement découvert par le pire des moyens.

À y regarder de plus près, cette phrase révèle ce que quelqu’un dans sa situation dirait à chacun d’entre nous s’il voulait que nous prenions au sérieux la réalité structurelle qu’il a vécue. Il ne s’agit pas d’un simple plaidoyer pour la bienveillance. C’est, plus précisément, une recommandation concrète de quelqu’un qui savait, de l’intérieur, ce que c’était que de porter un fardeau que l’environnement extérieur était structurellement incapable de voir.

C’est la crédibilité de la source qui confère à cette phrase le poids que les formules inspirantes habituelles ont tendance à aplatir. Cette phrase est, en quelque sorte, le témoignage de quelqu’un qui a connu les deux côtés de cette asymétrie et qui nous demande d’agir comme si nous savions ce qu’il savait : que la façade des autres adultes de notre entourage est, dans la plupart des cas, bien moins fidèle à la réalité que ce que notre environnement nous a habitués à croire.

La reconnaissance que cet article souhaite laisser

La phrase prononcée par Williams, ou une variante de celle-ci, apparaît, à y regarder de plus près, comme l’un des principes d’éthique pratique les plus importants que la société ait intégrés ces dernières décennies. Il ne s’agit pas, en premier lieu, d’une exhortation à la gentillesse. C’est plutôt une observation structurelle assortie d’une recommandation pratique.

L’observation est que l’état d’esprit des autres adultes est, par nature, invisible à tous sauf à eux-mêmes. La recommandation est que, compte tenu de cette invisibilité, il convient d’adopter naturellement la bienveillance dans ses interactions, car la valeur attendue de cette attitude, au vu des réalités structurelles, est supérieure à celle de toute autre alternative.

Cette recommandation est plus difficile à mettre en œuvre que ne le laisse entendre la formulation habituelle. Elle exige de se remémorer activement, au cœur même des interactions quotidiennes, une réalité structurelle que le système par défaut a occultée. Elle implique de passer outre les diverses petites incitations locales que la situation engendre. Elle exige de renoncer à diverses satisfactions mineures que l’alternative aurait pu procurer.

Il est néanmoins judicieux de donner suite à cette recommandation. C’est précisément cette mise en œuvre que cette ligne de conduite vise à susciter. Williams lui-même, par son propre exemple, constituait une source particulièrement crédible pour susciter cette incitation. Dans son cas, cette ligne de conduite était le témoignage de quelqu’un qui portait en lui des préoccupations intérieures que le grand public ne pouvait percevoir.

Dans la plupart des cas, cette ligne de conduite est ce petit rappel constant que cela est vrai pour presque toutes les personnes que nous rencontrons. Ce rappel est ce qui est accessible. La mise en œuvre, plus modestement, représente ce que le reste de la vie adulte offre, en quelque sorte, comme une véritable opportunité structurelle.

Publié par Jean-Charles Réno

À propos de l’auteur: j'aime la nature et l'écologie mais je m'intéresse aussi à la psychologie et la spiritualité, je pense que tout est lié. Je suis arrivé dans l’équipe d’ESM en 2016 après avoir étudié en Angleterre et passé plusieurs années en Australie . Depuis toujours, je suis soucieux de la nature et de mon impact sur l’environnement. Ainsi, par le biais d’informations, j’essaie de contribuer à l’amélioration de l’environnement et de jouer un rôle dans l’éveil des consciences afin de rendre le monde un peu meilleur chaque jour.

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