
La souffrance et le cerveau : entre protection et anesthésie émotionnelle et ne plus rien ressentir
« La souffrance n’est pas un choix personnel ; personne ne choisit volontairement la douleur ou l’isolement émotionnel. Cependant, il n’existe aucun anesthésiant pour prévenir la souffrance ; les moments difficiles doivent être affrontés avec détermination, courage et un espoir renouvelé. »
La vie n’est pas toujours facile. Cette phrase est très souvent prononcée, et ceux qui ont eu la chance de ne pas avoir été confrontés jusqu’ici à l’adversité n’en comprennent pas toujours toute la portée.
Vivre, c’est relever des défis, construire un, deux, six projets ou plus, laisser le bonheur envahir nos vies et accepter que, parfois, la souffrance frappe à notre porte pour nous mettre à l’épreuve.
Et non, chacun réagit différemment aux épreuves de la vie. Les recherches en psychologie montrent d’ailleurs que les individus n’ont pas les mêmes capacités de régulation émotionnelle face au stress et à la perte, ce qui influence fortement leur vulnérabilité à la dépression.
Deux personnes ne vivent pas la tristesse de la même manière, de même que deux épisodes dépressifs n’ont pas la même origine, ni la même intensité, ni la même expression.
L’anhédonie : quand le cerveau se déconnecte du plaisir

Cependant, il existe un symptôme très courant que nous avons tous expérimenté à un moment ou à un autre : l’anhédonie. C’est l’incapacité à ressentir du plaisir et à apprécier les choses.
Les recherches montrent que l’anhédonie est fortement liée à un dysfonctionnement du système de récompense cérébral, notamment dans les circuits dopaminergiques.
On pourrait dire que le cerveau, en quelque sorte, « se déconnecte ». Il ne ressent plus grand-chose afin d’éviter la souffrance : il s’isole, il s’engourdit.
Vous vous sentez peut-être ainsi depuis quelques jours, lorsque vous commencez à devenir apathique et découragé. Mais que se passe-t-il lorsque cela devient chronique ? Que se passe-t-il lorsque nous cessons de nous sentir vivants ?
L’anhédonie, un symptôme et non une maladie

L’anhédonie correspond à une perte de la capacité à ressentir du plaisir ou de la satisfaction.
Comme indiqué d’emblée, il n’existe pas d’anesthésie générale pour la douleur de vivre. Lorsque l’anhédonie apparaît comme mécanisme de défense, elle peut devenir problématique.
Il est important de clarifier certains points :
L’anhédonie n’est ni une maladie ni un trouble : c’est un symptôme associé à un processus émotionnel ou à une pathologie sous-jacente.
Les classifications médicales comme le DSM-5 de l’American Psychiatric Association la reconnaissent comme un symptôme central des troubles dépressifs majeurs .
Bien que la grande majorité des cas soient liés à la dépression, elle peut également apparaître dans la schizophrénie ou certaines démences, comme la maladie d’Alzheimer.
Des études en neuropsychiatrie confirment que ces pathologies affectent les circuits de motivation et de récompense du cerveau, en particulier les ganglions de la base et le cortex préfrontal.
Tout le monde peut éprouver, à un degré variable et temporaire, une forme d’anhédonie : perte d’intérêt pour les relations sociales, la nourriture, les activités ou la communication.
Anhédonie et fonctionnement du cerveau

Cette faible réactivité aux stimuli externes est liée à des altérations des circuits cérébraux impliqués dans la récompense et la motivation.
Les études d’imagerie cérébrale montrent notamment une diminution de l’activité dans le cortex préfrontal et les circuits de récompense chez les personnes souffrant de dépression avec anhédonie
Le cortex préfrontal, impliqué dans la prise de décision et la régulation émotionnelle, peut présenter une activité réduite.
Les ganglions de la base, impliqués dans la motivation et l’initiation des actions, sont fortement impactés, ce qui peut rendre même les tâches simples très difficiles.
L’hippocampe, impliqué dans la mémoire et la régulation émotionnelle, peut également être affecté, ce que des études ont associé à une réduction de volume chez les personnes souffrant de dépression chronique.
Dépression, anhédonie et prise en charge

La dépression ne disparaît pas simplement avec le temps et nécessite souvent une prise en charge globale et personnalisée.
Les recommandations cliniques internationales (OMS notamment : WHO Depression fact sheet) soulignent l’importance d’une combinaison de psychothérapie, traitement médical et soutien social.
Il est important de réfléchir à certaines questions :
Tenter de ne rien ressentir pour éviter la souffrance n’est pas une manière satisfaisante de vivre. Cela permet parfois de survivre, mais au prix d’un sentiment de vide intérieur.
Les recherches en psychologie clinique montrent que l’engagement progressif dans des activités agréables est l’un des leviers les plus efficaces pour réduire l’anhédonie (approches comportementales activatrices.
Avez-vous besoin que la paix et le bonheur reviennent dans votre vie ? Rêver à nouveau de vous-même.
Avez-vous besoin de vous libérer du passé ? Mettre en place des changements pour avancer.
Avez-vous besoin de sortir de cet état de souffrance ? Réapprendre à vivre, à ressentir, à s’ouvrir à nouveau.
Réfléchissez à ces questions, et n’oubliez jamais que vivre, c’est ressentir pleinement, qu’il s’agisse d’émotions positives ou négatives.

