
Dans notre société, il y a une attente tacite: après une perte, il faut « se remettre ». Comme si le chagrin était une grippe dont on pouvait se débarrasser en quelques semaines avec du repos et des médicaments. Alors, nous jouons un rôle. Nous sourions, nous travaillons, et nous rions même parfois. Nous donnons l’illusion que tout est normal.
Mais derrière ce masque, il y a l’autre vie: celle où la douleur est toujours là, tapie dans l’ombre. Elle surgit sans prévenir…un parfum, une chanson, un lieu, une date. Et soudain, le masque se fissure. Le cœur se serre. Les larmes montent.
Il est difficile de traverser des douleurs qui, à un moment donné, nous ont semblé insurmontables.
Le deuil en fait partie. Peut-être même en est-il l’expression la plus nue.
« La douleur, tu vous devez apprendre à la surmonter. Espérer qu’elle s’estompe. Mais elle ne disparaîtra jamais vraiment. Elle deviendra simplement plus silencieuse. »
Faire son deuil, c’est souvent vivre deux vies parallèles

Il y a celle que l’on montre au monde. Celle où l’on donne l’impression que tout va bien, où l’on sourit, où l’on continue à avancer comme si de rien n’était. Et puis il y a l’autre, plus secrète, celle où le cœur hurle. Une vie intérieure faite de manque, de souvenirs, de douleur sourde qui ne trouve pas toujours de mots.
Face à cette douleur, on espère. On espère qu’elle finira par s’atténuer d’elle-même.
On espère que la blessure se refermera avec le temps, comme une plaie qui cicatrise lentement.
Mais il n’existe pas de solution miracle, pas de raccourci, pas de remède universel.
La plupart du temps, on apprend à composer avec la douleur. On respire. On continue, et on fait de son mieux. Et puis, parfois, sans prévenir, elle revient. Elle surgit quand on s’y attend le moins.
Un souvenir, une odeur, une date, ou une phrase suffisent. Elle attaque en traître, s’installe, et refuse de nous lâcher. Alors on se bat. Non pas parce qu’on l’a choisi, mais parce qu’on n’a pas d’autre option.
« Vous ne ‘surmonterez’ jamais vraiment la perte. Vous apprendrez simplement à vivre avec. »
Accueillir la tristesse, et lui faire une place dans sa maison

Plutôt que de combattre la tristesse, si on apprenait à vivre avec elle?
- Lui donner un espace: Comme une pièce dans votre maison où vous pouvez aller quand vous en avez besoin. Un lieu où vous pouvez pleurer, vous souvenir, ou simplement être triste sans jugement.
- Ne pas avoir honte de vos larmes: Elles ne sont pas un signe de faiblesse, mais de profondeur.
- Accepter que certains jours seront plus lourds que d’autres: Et ainsi va la vie.
« La tristesse n’est pas une ennemie. C’est une compagne de route. Parfois, elle marche à vos côtés. Parfois, elle s’assoit en silence. Toutefois, elle fait partie du voyage. »
La douleur fait partie de la vie, et la vie, inlassablement, en apporte de nouvelles
Pour beaucoup, la douleur morale est la plus dévastatrice. Bien plus que la douleur physique, ce sont la déception, le deuil, l’échec, le manque de respect, ou l’abandon qui creusent les blessures les plus profondes. Ce sont ces douleurs invisibles qui ravagent de l’intérieur et qui peuvent briser une personne sans laisser de trace apparente.
Et pourtant, être humain, c’est aussi cela.
« Ces douleurs ne te tuent pas. Elles te transforment. Parfois en mieux, parfois en pire. Mais toujours en quelqu’un de différent. »
Il y a une forme de douce innocence dans le fait d’être humain: ne pas avoir à être seulement heureux ou seulement triste, mais pouvoir être à la fois brisé et entier, simultanément.
On nous répète souvent: « Surmonte-toi. »

Combien de fois avons-nous entendu cette phrase? Comme si la tristesse était une faiblesse à vaincre, une étape à franchir pour retrouver un état de « normalité ». Comme si la douleur devait obéir à un calendrier précis. Comme si, passé un certain délai, il était attendu que nous allions mieux. Cependant, la normalité n’existe plus après une perte. On ne revient jamais la personne qu’on était avant. On devient quelqu’un d’autre.
« La perfectionnisme de la guérison, c’est croire qu’on doit être ‘guéri’ pour mériter d’être heureux. Mais la vie n’est pas comme ça. Parfois, le bonheur et la douleur dansent ensemble. »
Mais alors, combien de temps est-il acceptable d’avoir mal? À partir de quand devrait-on se sentir plus léger? Et que signifie réellement « s’en remettre »?
Dans notre imaginaire collectif, surmonter une perte signifie devenir inébranlable, ce qui voudrait dire atteindre un état où les souvenirs ne font plus souffrir, et la tristesse n’a plus d’emprise.
C’est une vision profondément perfectionniste de la guérison, et souvent irréaliste. Car dire « je m’en remets » revient parfois à croire que la douleur doit disparaître.
Or, éviter la tristesse ne la guérit pas.
L’ignorer, c’est la repousser plus profondément en soi, là où elle continue d’agir en silence, influençant notre corps, nos relations, et notre rapport au monde.
« Ces douleurs ne te tuent pas. Elles te transforment. Parfois en mieux, parfois en pire. Mais toujours en quelqu’un de différent. »
La vraie guérison, ce n’est pas oublier. C’est apprendre à vivre avec sa tristesse.

- Accepter que la tristesse fasse partie de vous, comme une cicatrice qui vous rappelle que vous avez aimé, que vous avez souffert.
- Comprendre que les souvenirs ne sont pas des ennemis, mais des traces de ce qui a compté.
- Trouver un nouvel équilibre, où la joie et la peine peuvent coexister sans que l’une n’efface l’autre.
S’en remettre ne consiste pas à effacer la douleur, mais à l’accueillir et à reconnaître la tristesse comme une part légitime de nous-mêmes. Tout comme la joie, elle fait partie de l’expérience humaine.
Ces émotions opposées ne peuvent exister l’une sans l’autre.
En repoussant la tristesse, on repousse aussi la capacité à être pleinement heureux. Plutôt que de chercher à « s’en remettre », peut-être devrions-nous apprendre à faire une place à la douleur en nous.
L’habiter, comme on habite une maison. La considérer non comme une ennemie, mais comme une présence qui témoigne de ce que nous avons aimé.
Car les souvenirs sont le lien qui nous relie à ce que nous avons perdu. Et les oublier serait perdre une seconde fois. Se souvenir fait mal, oui. Mais dans cette douleur, il y a quelque chose de profondément beau. Il y a de l’amour. Un amour pur, intact, qui continue d’exister malgré l’absence.
Et l’amour, paradoxalement, est la seule chose qui ne détruit pas, mais qui guérit.
Ceux qui ont souffert comprennent la souffrance des autres d’une manière que les autres ne peuvent pas. Ils savent que la gentillesse n’est pas un luxe, mais une nécessité.
Ce qui détruit peut aussi recréer. La douleur n’est pas seulement une ennemie. Elle est aussi la preuve que vous avez osé vous laisser toucher par la vie.
« Un jour, vous regarderez en arrière et vous comprendrez que même dans la douleur, il y avait de la grâce. Que même dans l’obscurité, il y avait de la lumière. Et que c’est cette lumière, aussi faible soit-elle, qui vous a guidé vers vous-même. »
« Les personnes les plus formidables sont celles qui ont connu l’échec, la souffrance, le combat intérieur, la perte et qui ont surmonté leur détresse. Ces personnes ont une sensibilité, une compréhension de la vie qui les remplit de compassion, de douceur et d’amour. La bonté ne vient jamais de nulle part… » – Élisabeth Kübler-Ross
La bonté ne naît jamais de rien.
Pour comprendre véritablement certaines choses, il faut les avoir vécues.
Et c’est souvent au cœur de la douleur que se forge ce qu’il y a de plus humain en nous.

