LSD, champis hallucinogènes, les ambiguités de la médecine

de | 13 février 2015

LSD, champis hallucinogènes, les ambiguités de la médecine

LSD , champignons hallucinogènes sont de nouveau étudiés pour leur potentiel thérapeutique. Ces recherches sont controversées.

les ambiguités de la médecine

Les ambiguités de la médecine: « PSILOCYBINE ». Depuis 2009, le psychiatre Stephen Ross et son équipe de l’université de New York essaient une nouvelle thérapie pour soulager les dépressions chroniques et les très fortes anxiétés. Un traitement de psilocybine, le principe actif des champignons hallucinogènes qui entraîne des visions et change la perception de l’espace et du temps. Tammy Burgess, New-Yorkaise de 55 ans, est l’une des 32 volontaires à participer à ces recherches. Quand elle a guéri d’un cancer généralisé, elle s’est mise à avoir une peur omniprésente de la mort qu’aucun antidépresseur ne parvenait à calmer.

On lui a donné la pilule (30 mg de psilocybine), en rappelant qu’on pouvait contrer ses effets par un antipsychotique. Une fois la drogue avalée, elle a posé des écouteurs sur sa tête, un bandeau sur ses yeux, et s’est allongée. Puis elle s’est mise à « planer » au sein d’étoiles multicolores…Ses crises d’anxiété ont commencé à disparaître. Elle a eu l’impression que quelque chose s’était « débloqué » en elle.

Pour le moment, les essais cliniques que le psychiatre supervise, consistent à savoir quels sont les effets indésirables du traitement, ces études se termineront fin 2014 et il y aura une publication scientifique.

Il y a d’autres études en cours dans des universités américaines, mais aussi au Canada, en Suisse et en Angleterre. Elles pourraient déboucher sur des tests qui pourraient ouvrir la voie à la fabrication de médicaments. Ils ne serviraient pas seulement à traiter les dépressions sévères, car on étudie aussi le potentiel thérapeutique de la psilocybine pour d’autres maladies.

Cependant, même si ces recherches rencontrent un intérêt croissant, la plupart des psychiatres et des psychologues restent toutefois à convaincre. Il y a beaucoup de méfiance, si ce n’est un profond rejet, surtout en France.

Les champignons « sacrés »

Les scientifiques ont commencé à étudier les champignons hallucinogènes en 1954 avec une expédition dirigée par l’Américain Robert Gordon Wasson, pionnier de l’ethno-mycologie. Cherchant la signification d’œuvres picturales du Moyen Âge décrivant des rituels liés à des champignons , il est parti à la rencontre des Indiens Mazatèques et Chatinos, dans le sud du Mexique. « Ce qu’il décrit à son ami Roger Heim, mycologue et directeur du Muséum d’histoire naturelle de Paris, incite ce dernier à le rejoindre, raconte Denis Lamy, historien des sciences à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS). Ils ont participé à des cérémonies chamaniques et ont goûté les champignons sacrés, dont les fonctions sont aussi bien religieuses que médicinales ».

Les effets bénéfiques du LSD

Roger Heim est le premier scientifique de renom à avoir testé, sur lui, l’effet du LSD des champignons hallucinogènes. Au Muséum, Roger Heim étudie le cycle végétatif et la taxonomie des échantillons rapportés du Mexique, qu’il cultive et identifie au genrePsilocybe. Il demande alors l’aide d’Albert Hoffmann, des laboratoires pharmaceutiques Sandoz.

Quelques années plus tôt, ce chimiste genevois a découvert le LSD : un dérivé des alcaloïdes de l’ergot de seigle (Claviceps prupurea), un champignon parasite. En 1958, Albert Hoffmann isole les substances actives des Psilocybe mexicana cultivées à Paris. Il en trouve deux, baptisées psilocybine et psilocine, la première étant jugée plus intéressante car plus stable.

Aux Etats-Unis, il y a un vif intérêt pour le « développement personnel » et de nouvelles approches thérapeutiques avec le LSD ou la psilocybine , les études se multiplient: près d’un millier, sur 40 000 personnes, rien que dans la première moitié des années 1960. On remarque les effets bénéfiques de la psilocybine et d’autres hallucinogènes, LSD ou MDMA (amphétamine obtenue à partir du sassafras), dans des domaines variés, de la dépression aux addictions sévères en passant par la créativité artistique et la spiritualité !

Expulsion de Harvard

Mais les dérapages ne tardent pas. En 1963, par exemple, le futur écrivain Timothy Leary est expulsé de Harvard pour avoir donné de la psilocybine à ses étudiants. L’Amérique se rend compte que les hallucinogènes peuvent être dangereux. De plus en plus d’Américains ont dû aller aux urgences, tandis que la presse rapporte que des personnes se sont jetées d’une fenêtre parce qu’elles croyaient pouvoir voler.

En 1970, les Etats-Unis ont interdit toute consommation de psychotropes hallucinogènes, catégorisant la psilocybine ou le LSD comme des drogues de classe 1, les plus dangereuses, même si elles n’ont pas d’effets toxiques et addictifs avérés.

Cependant, en 1998 un chercheur zurichois a constaté que l’action de la psilocybine peut être jugulée en bloquant certains récepteurs de la sérotonine, un neurotransmetteur qui régule de nombreuses fonctions physiologiques comme le rythme circadien, les douleurs et l’anxiété. Certains psychiatres ont dont commencé à voir le LSD sous un autre angle. Ils sont soutenus par des organismes privés comme l’Association pluridisciplinaire pour l’étude des substances psychédéliques (Maps), qui dispose aujourd’hui d’un budget de 1,5 million de dollars et emploie quatorze personnes en Californie.

En 2001, la Maps cofinance ainsi une étude sur la psilocybine à l’université d’Arizona, qui évalue l’impact de la substance sur les troubles obsessionnels compulsifs. En 2006, les conclusions indiquent que les neuf volontaires ont vu leurs troubles diminuer voire disparaître (de 23 à 100 % selon les cas), sans conséquences néfastes si ce n’est une légère hypertension chez l’un deux. Cette même année, une équipe de Harvard annonce d’autres résultats. Ils concernent une maladie rare : l’algie vasculaire de la face, appelée parfois « céphalée suicidaire » tant les douleurs sont insupportables. Les remèdes existants ne fonctionnent que sur 73 % des patients. Or la psilocybine permettrait non seulement de bloquer les attaques (22 sujets sur 29, soit 85 %), mais aussi de retarder leur survenue.

Quand la conscience de soi se dissout

Bien que les autorisations et les financements soient difficiles à obtenir, la communauté des « chercheurs psychédéliques » s’agrandit. De nombreux chercheurs s’intéressent aux angoisses des patients en fin de vie, comme les psychiatres de l’université de Californie, à Los Angeles, qui présentent leurs travaux en 2010. Suivies d’une psychothérapie, les doses de psilocybine qu’ils ont administrées à douze personnes atteintes d’un grave cancer ont entraîné une réduction significative de l’anxiété, de un à trois mois après le traitement ; six mois plus tard, ils étaient de bien meilleure humeur. On ne peut pas tirer de conclusions car le nombre de patients est trop faible. Par ailleurs, ces études ne font que mesurer l’évolution de paramètres cliniques sans en comprendre les causes.

La façon dont la psilocybine ou le LSD agit sur notre cerveau n’est toujours pas claire. Cependant, en 2012, l’imagerie cérébrale a fourni quelques éléments de réponse et une grande surprise : contrairement à ce que les scientifiques pensaient, elle ne mettrait pas le cerveau en ébullition. Le neuroscientifique Robin Carhart-Harris et son équipe de l’Imperial College de Londres ont observé qu’elle réduisait l’activité neuronale dans certaines parties du cerveau, le cortex préfrontal médian et le cortex cingulaire postérieur en particulier, très densément connectées aux zones sensorielles. C’est grâce à elles que nous avons l’impression que le monde est ordonné, et que se renforce la conscience que nous avons de nous-mêmes.

Robin Carhart-Harris pense que la psilocybine déclenche l’activation d’un groupe de neurones qui inhibe ces parties du cortex. Les zones sensorielles associées deviendraient alors plus autonomes, et la conscience de soi se « dissoudrait ».

les ambiguités de la médecine

Par rapport à un placebo (en haut), la psilocybine (au milieu) modifie les connexions entre le cortex préfrontal médian (en rouge), lieu de la conscience de soi, et les autres zones du cerveau. Elle les intensifie (en orange) ou les relâche (en bleu). En bas, les différences notables entre placebo et psilocybine. © Carhart-Harris et al.

Les ambiguités de la médecine: LSD et champignons hallucinogènes sont-ils sûrs, efficaces, acceptables ?

« Ces substances, LSD et champignons hallucinogènes, ont des propriétés remarquables, s’enthousiasme Olivier Chambon. Les patients qui ne répondent à aucun traitement pourraient, je le pense, bientôt en bénéficier. » Le LSD est-il sûre, efficace et acceptable ? « Absolument pas, en l’état actuel des choses, répond Michel Lejoyeux, chef du service de Psychiatrie et d’addictologie à l’hôpital Bichat (Paris). On ne peut pas prescrire de telles drogues juste parce qu’elles auraient un effet antidépresseur au milieu de beaucoup d’autres. De plus, ce genre de traitement relève de l’emprise psychique ! Il s’inscrit à l’opposé de la démarche psychanalytique, qui vise à accompagner un patient vers une prise de conscience et des améliorations qui soient de son fait, et non à modifier son état de conscience de façon artificielle. »

En France, où aucune recherche sur le LSD n’a été conduite depuis des dizaines d’années, l’hostilité est ainsi très forte. « Pour des raisons historiques et culturelles, les réticences semblent bien plus grandes que dans d’autres pays comme les États-Unis ou la Suisse, explique David Dupuis, anthropologue à l’EHESS, qui étudie les usages contemporains des substances hallucinogènes. On redoute aussi des dérives sectaires impliquant leur utilisation. Quels sont les effets du LSD sur le long terme ? Le « trip » hallucinatoire créé par le LSD joue-t-il un rôle essentiel dans les bienfaits rapportés, ou n’est-il qu’un effet subalterne qui pourrait être évité ? De plus larges études seront nécessaires avant que les « portes de la perception » ne soient poussées officiellement.

Cet article: LSD , champignons hallucinogènes est de Franck Daninos est extrait de Sciences et Avenir Hors-série de l’automne 2014, actuellement en vente.

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