Le flux instinctif , les règles sans serviettes ni tampons

de | 3 novembre 2015

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Le flux instinctif libre, les règles sans serviettes ni tampons

Après avoir reçu le témoignage d’une de nos lectrices sur ce sujet, nous avons décidé de publier cet article du site rue89.nouvelobs.com qui nous a semblé le plus complet.

Voici son témoignage:

Je pratique le flux instinctif depuis presque 10 ans maintenant.
J’ai découvert cette pratique par hasard suite à un oubli de tampons et je me suis rendue compte que ça marchait très bien. Mon corps sait de lui même quand l’écoulement a lieu et m’indique quand aller aux toilettes, mes muscles périnéaux me sont très utiles dans ces moments là je les ai re-découverts après ma grossesse lors de la rééducation. Ce que je faisais instinctivement pour mes règles était en fait une utilisation de ces muscles. Il n’y a pas d’âge pour les découvrir, aucune contradiction et beaucoup d’avantages. Mes règles sont passées de 6jours à 3et demi je n’ai quasi plus de douleurs. Je fais du yoga, je vais à la piscine sans aucune contrainte. Mon flux était très abondant et il est devenu léger et la nuit dormir nue n’a pas de prix. J’ai procédé étape par étape pour y arriver car il faut quelques cycles pour se mettre au point. Personnellement j’ai pratiqué des exercices périnéaux et j’ai abandonné les protections en commençant par les jours les moins abondants. Pour terminer, ça m’a fait un bien fou quant à mon rapport avec ma féminité (hormis bien sûr le côté économique imbattable ^^)

L’article de rue89.nouvelobs.com:

Par Lucile Sourdès Journaliste

Au détour d’un « like » d’un de mes « amis » Facebook (vive la sérendipité sur les réseaux sociaux), j’ai découvert la pratique du « free flow instinct » – en français, le flux instinctif libre : les règles sans protection.
Le principe : les femmes qui pratiquent le « FFI » n’utilisent ni tampons, ni serviettes, ni coupes menstruelles pendant leurs règles. Elles contractent leur périnée et le sang s’écoule quand elles vont aux toilettes.
Forcément, ça m’a intriguée. En fouillant sur Internet, je suis tombée sur des témoignages de blogueuses très enthousiastes : pas de fuite, (presque) pas de tache et un sentiment unanime de libération et de prise en main de son corps.

On laisse s’écouler le flux

Dans un article publié en 2012 sur le site du Chou brave, une association française qui « réalise et produit différents projets autour de l’alimentation crue et vivante », l’auteure, Léna Abi Chaker, explique que le mouvement est né aux Etats-Unis [PDF].

Deux vidéos très regardées (presque 100 000 vues chacune) et très commentées expliquent le principe et donnent des conseils aux femmes qui voudraient expérimenter le « FFI ».

La plus ancienne a été postée en novembre 2012. Une certaine Marina nous explique qu’elle a testé le flux instinctif libre, et que c’est « absolument extraordinaire » :

« C’est vrai, on n’a pas besoin de protections hygiéniques pendant les règles ! […] Si vous écoutez votre corps, il va vous dire qu’il y a besoin d’évacuer. Comme une envie d’aller aux toilettes, en quelque sorte. Et puis ça va se passer comme pour évacuer de l’urine, sauf que vous allez évacuer du sang. »

Dans une autre vidéo, la blogueuse Les Cheveux de Mini partage son expérience :

« Le principe du flux instinctif, c’est qu’au lieu d’utiliser des tampons, des serviettes, ou autre protection dont on est finalement dépendantes, on apprend à connaître son corps, à le contrôler, et on va laisser s’écouler le flux en allant aux toilettes. »

« Le flux ne s’écoule pas en permanence » mais « par petits coups », continue Les Cheveux de Mini, qui explique qu’au bout d’un moment, il n’y a plus besoin d’aller aux toilettes spécialement pour laisser s’écouler le sang : le corps se régulera et le sang s’écoulera quand vous irez aux toilettes faire vos besoins.

Economique et écologique

Les avantages de la pratique, listés par les amatrices du FFI, semblent nombreux :

  • c’est économique : si l’on n’est pas adepte de la coupe menstruelle, le budget protections hygiéniques est élevé. D’autant que sur les tampons et serviettes est appliqué le taux « normal » de TVA, soit 20% – un collectif féministe a d’ailleurs lancé en février une pétition réclamant une baisse de la TVA appliquée aux protections hygiéniques de 20% à 5,5% ;
  • c’est écologique : un rapport de 1995 estime qu’une femme utilise en moyenne 11 400 tampons dans sa vie – ça fait beaucoup de déchets ;
  • c’est libérateur  : plus besoin de s’assurer qu’on est équipées en tampons ou serviettes quand on sent que les règles vont arriver. Les Cheveux de Mini raconte :

« C’est tout bête, c’est très simple, et c’est un petit peu difficile à mettre en place, mais une fois que c’est là, c’est vraiment la libération. [..]

Je suis enchantée de cette méthode parce que je me soucie plus de rien, de “mince, je vais avoir mes règles, comment ça va se passer ?” »

  • Avec le FFI, on a moins mal pendant ses règles. C’est normal, explique la gynécologue Delphine Hudry :

« C’est psychologique, c’est parce qu’elles ont l’impression de contrôler leur corps et assument mieux leurs règles, elles sont plus détendues. »

Bref : c’est écolo, économique, et ça diminue les syndromes prémenstruels ? Je dis bingo. Delphine Hudry nous confirme que la méthode ne présente aucun risque médical. La gynécologue précise toutefois :

« Garder son sang dans le vagin, c’est moins hygiénique que de porter un tampon. »

Mais en lisant les commentaires – les échanges sous les vidéos et les notes de blog qui en parlent sont assez vifs –, on se rend compte que le flux instinctif libre n’est pas à la portée de tout le monde.

Peut-être pas pour tout le monde

  • Dans la pratique, c’est un peu contraignant

La méthode implique d’avoir des toilettes à proximité, et du temps : Les Cheveux de Mini explique dans sa vidéo qu’elle a mis cinq mois à maîtriser le flux instinctif. Ce qu’on comprend, c’est qu’elle a donc eu des petits accidents pendant cette période d’adaptation… Pas facile au boulot.

Idem, la blogueuse conseille pour les premières fois de tester ça chez soi :

« Si vous pouvez vous entraîner en congés ou en vacances, c’est sûr que c’est mieux. Dans tous les cas, soyez posées chez vous et loin du stress pour essayer. »

Ça réduit pas mal le champ des possibilités temporelles.

  • Pas possible pour les femmes aux règles abondantes

Dans un post du blog Baby Blog, sur Doctissimo, la blogueuse Stadire écrit :

« Par ailleurs (coucou les filles aux règles très abondantes), si la théorie est “jolie” sur le papier (je mets des gros guillemets à “jolie”, hein), elle s’avère impraticable pour celles qui ont un flux menstruel conséquent. A moins d’être Robocop. Je ne sais pas. »

Sous le post Facebook qui accompagne la note de blog, Priscilla aussi a des doutes :

« Chacune fait comme elle le sent… Si certaines en sont capables… Pour moi, impossible… C’est si abondant qu’un tampon ne me sert à rien (le plus absorbant est plein en moins de cinq minutes), je dois mettre trois serviettes nuit que je change toutes les 30 minutes et elles sont pleines… Alors à moins d’être aux toilettes toutes les deux minutes, je me vois mal retenir tout ça longtemps… »

Delphine Hudry, confirme les préventions des internautes :

« C’est bien de vouloir être à l’écoute de son corps, mais le discours ici est maladroit : pour les femmes qui ont des règles peu abondantes, cette pratique est possible, mais pour celles qui ont un flux très abondant, ça ne l’est plus du tout. Donc le risque est de faire passer pour pathologiques des variabilités propres à chaque femme. »

  • C’est une énième injonction pour les femmes

Stadire du Baby Blog écrit :

« Avec le “free flow instinct”, on en demande encore une fois beaucoup aux femmes. On leur demande d’être absolument maîtres de quelque chose de naturel et qui coule et qui nécessite […] d’être contenu de la façon que vous voudrez bien.

Je pense que se protéger relève de l’évidence la plus absolue, ne pas le faire, c’est encore une contrainte. […]

Il y a un moment où il va falloir arrêter de demander aux femmes de tout gérer : travail, famille, maternité, maison et flux menstruels ! »

  • L’explication anatomique ne tient pas la route

Les Cheveux de Mini dresse un parallèle avec l’incontinence des enfants :

« C’est comme quand on est petit et qu’on apprend à pas faire pipi au lit, c’est exactement la même chose finalement. »

Plic, ploc

L’auteure de l’article du Chou brave compare elle aussi le fait de laisser couler ses règles et d’utiliser des protections à l’incontinence urinaire des enfants, pour en donner une interprétation plus politique :

« Imaginez une société où les parents n’apprendraient pas à leurs enfants à se passer des couches, on devrait en porter toute notre vie ! Dans ce sens, les femmes sont restées un peu des enfants, dépendantes un quart de leur temps d’un industrie qui leur “facilite” la vie et leur enlève tout idée d’autonomie. Ironie du sort, la faible musculature du périnée (notre pauvre muscle délaissé toute une vie) est liée à l’incontinence, un problème qui touche principalement les femmes ! Ainsi, après la ménopause, les protège-slips sont parfois remplacés par des couches pour pertes urinaires ! Les vendeurs de couches se frottent les mains ! »

La comparaison avec l’incontinence urinaire est absurde, selon Delphine Hudry  :

« Ça montre une méconnaissance anatomique. Eduquer le vagin pour permettre plus de souplesse, c’est possible. Gérer la continence de l’utérus, c’est impossible. […]

On ne peut pas empêcher les règles de s’écouler, c’est un réflexe de l’utérus. Par contre, oui, le vagin est souple, entouré de muscles, donc extensible. Donc le sang peut être stocké dans le vagin quand on est assise, et quand on se lève ou qu’on va uriner, les règles s’écoulent. Mais y voir l’existence d’un sphincter modulable par la volonté, c’est faux. »

  • Le FFI est aussi défendu par des gens chelous

Dans l’article de Chou brave, on trouve un soupçon d’écolo-complotisme qui accuse l’« industrie » et « les vendeurs de couche » de nous manipuler. On se rend ainsi compte que certaines des femmes qui promeuvent le FFI ont un discours auquel on n’est pas obligé d’adhérer. C’est le cas de Marina, la pro-FFI de la première vidéo. Elle mentionne par deux fois (à partir de 4’57) un certain « créateur », qui serait celui qui aurait créé notre corps :

« Notre créateur, il nous a conçues, nous les femmes, pour ne pas être dépendantes de protections hygiéniques. »

Que vient faire Dieu là-dedans ? Et un peu plus tard (à 5’30), elle met en doute la pertinence de la théorie de l’évolution. OK… Pour couronner le tout, la vidéo a été postée sur la chaîne YouTube de Thierry Casasnovas.

Ce nom vous dit peut-être quelque chose. En novembre 2014, Rue89 publiait un article sur ce youtubeur qui donne des conseils de «  régénération  », surfe sur nos peurs alimentaires et prétend guérir le cancer grâce aux fruits et légumes crus. Ce gourou du « tout-cru » est surveillé depuis 2012 par la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). Du coup, difficile de prendre cette vidéo au sérieux.

On essaye quand même ?

Heureusement, toutes celles qui vantent les mérites du « free flow instinct » ne partent pas dans un tel délire. Difficile de leur reprocher de vouloir être plus en paix avec leur corps et ces – satanées – règles.

Et pour celles qui cherchent une alternative aux tampons et serviettes sans oser se lancer dans le flux instinctif, il y a toujours l’option coupe menstruelle.

Source: http://rue89.nouvelobs.com/

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